Pour compléter le dossier sur l'inscription, datée 1444, découverte sur le mur nord du choeur de l'église Notre Dame de Rouffach lors des travaux de restaurations au printemps 2024, je propose un document de 1472, conservé aux archives municipales de Rouffach, qui permet d'imaginer ce qui est (peut-être) encore caché sous le décor peint du XIX ème siècle et dont la prospection a été reportée à une date indéterminée...
Sur ce document, une note au bas de la page, à gauche, rappelle la totalité de ce texte:
Testimonium vel privilegium
Parochialis ecclesiae Rubeacen :
Anno Dmi. 1338 in conversione Pauli, fuit interfectio judeorum.
Anno Dmi. 1309 in die Hilarÿ fuit combustio Judeorum.
Témoignage ou privilège de l’église paroissiale de Rouffach :
J'ai mené il y a quelques années, de 2007 à 2013, un important travail de recherche sur cet épisode de notre histoire, sur des sources d'archive originales des A.M.R. de Rouffach et surtout des Archives départementales du Bas-Rhin. J'ai proposé une dizaine de conférences et séminaires sur le sujet et rédigé quelques articles, en particulier dans les pages d'obermundat.org.
Comme il est bon de se rafraichir de temps en temps la mémoire, je propose aux lecteurs quelques passages d'articles précédents qui rappelleront l'horreur de la détention et le martyre subi par des enfants, des hommes et des femmes... Il est bon aussi de rappeler que ces malheureux ont été incarcérés et jugés par un tribunal civil, et que l'Inquisition n'avait rien à voir dans la procédure...
Le sort réservé à ces malheureux, le martyre de centaines de femmes, d'hommes et d'enfants ne peut distraire et encore moins égayer. Si des faits tragiques de notre histoire doivent être représentés en spectacle, ce ne peut être que dans le but d'instruire et de mettre en garde contre l'obscurantisme et la barbarie... pas pour passer un moment récréatif en famille.
Aux archives municipales de Rouffach, une série est consacrée aux affaires militaires et … marine ! Il s’agit d’une série importante qui conserve en particulier un nombre important de dossiers sur la guerre de Trente Ans et les exactions commises par les troupes de passage.
La même série conserve les règlements de la garnison, ceux de la garde de la ville et du château d’Isenbourg... En particulier, les ordres d’Eberhart, comte de Manderscheid - Blankenheim, Grand-Bailli, gouverneur de l’Obermundat, au sujet de la négligence qu’apportent dans leur service les gens de Rouffach, bourgeois et habitants, ainsi que ceux des communes environnantes, lorsqu’ils sont appelés à participer à cette garde : il leur est reproché en particulier de quitter leur poste avant d’avoir été relevés ou de passer leur temps à dormir dans les corps de garde ! Pour remédier aux désordres signalés, de sérieuses mesures sont ordonnées par le Grand Bailli Eberhart..
(estampe 1793, source gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France)
Les conseillers du Magistrat de la Ville, outre leurs fonctions habituelles de gestion des affaires courantes, formaient une cour de justice appelée à juger des conflits et délits de police mineurs, mais également à siéger, avec des juges, dans des procès criminels. Dans les codes de procédure de cette époque, l'adultère est un crime et peut être puni de peines très sévères, comme le bannissement. Être condamné au bannissement, c’est être condamné à la perte de la protection de la loi et perdre son appartenance à la communauté. Le banni devient hors-la-loi, rechtlos, la loi ne s’applique plus pour lui et ne le protège plus : il est vogelfrei , libre comme l’oiseau, à la merci des prédateurs. On peut le voler, le frapper, le persécuter, le tuer, sans enfreindre la loi, puisqu’il est déjà « civilement mort ».
En 1567, Anna Hunolt, bannie de la Ville pour adultère, mauvais traitements et pillage des biens de son mari, est autorisée, à la demande de son père et par grâce du seigneur de l’Obermundat, à revenir au foyer conjugal, en prêtant serment de mener une vie strictement surveillée et moralement irréprochable.
Réalité ou légende ?
Saint-Arbogast, Dagobert, Sigebert, tous les rouffachois connaissent l'histoire, fondatrice de l'Obermundat, par des visites guidées, des conférences, des articles de presse, internet (peut-être pour quelques lecteurs d'obermundat.org...). Mais qu'en est-il vraiment de cette histoire: réalité historique ou légende? Essayons de faire le point ...

Gérard MICHEL
Ancien professeur de Lettres et passionné de paléographie, je partage sur ce blog le fruit de plus de 20 ans de travail autour de documents d'archives.
Cette page contient des liens vers des outils et sites partenaires autour de la paléographie, l'histoire et l'Alsace.
© 2026 Obermundat