Cosmographia Universalis
Dans un article consacré à Rouffach sous la Terreur, nous avons pu mesurer le courage des femmes de Rouffach face aux révolutionnaires : une première fois lorsqu’elles ont pris la défense d’un malheureux contre le Wachtmeister TÖNLEN, de sinistre réputation, et une autre, en saccageant et renversant la « Montagne » érigée par les Patriotes dans l’église paroissiale, rebaptisée Temple de la Raison.
Une autre action courageuse leur aurait valu, plus de 7 siècles auparavant, en 1105, un privilège rare : celui d’occuper lors des célébrations à l’église paroissiale Notre-Dame, la place réservée habituellement aux hommes, le côté droit de la nef. Dans le recueil Sagen und Geschichten aus deutschen Gauen, August Stöber (1808-1884), rapporte une vision des faits, romantisée par la tradition populaire, édulcorée par l’usure du temps et qui relève, elle de la légende : Die Weiber von Rufach.
En cette première moitié du seizième siècle, Rouffach est un pôle d’attraction fort pour les intellectuels et de grands noms de l’humanisme rhénan se sont retrouvés à l’école humaniste du couvent des Récollets de Rouffach…
Parmi eux, Valentin Boltz, né avant 1515 à Rouffach, homme de lettres, prédicateur protestant, théologien, traducteur et auteur prolifique de la première moitié du XVIᵉ siècle. Boltz incarne bien l’esprit de l’humanisme rhénan : il contribue à la diffusion des savoirs et des formes littéraires nouvelles en traduisant des comédies latines (notamment de Térence), en composant des pièces dramatiques à portée morale ou religieuse, et en produisant des ouvrages didactiques sur des sujets aussi divers que la peinture des enluminures ou des satires de mœurs.
Son passage par des milieux intellectuels tels que l’école humaniste liée au couvent des Récollets de Rouffach illustre l’ouverture culturelle et le goût pour les lettres et les arts qui animaient l’Alsace rhénane à la Renaissance : ce réseau comprenait des philologues, théologiens et savants qui, à l’image de Boltz, tissaient des liens entre pédagogie, réforme religieuse et création littéraire.
En rangeant de vieux papiers, j’ai retrouvé deux coupures du Journal L’Alsace, deux articles sur Valentin Boltz, rédigés par Hugues Walter, le fils de Thiébaut Walter. Le second article était une mauvaise traduction en français du premier, l’original était rédigé en allemand, (en 1953, les journaux alsaciens paraissaient en édition bilingue) et j’ai préféré travailler sur cette version.
J’ai retranscrit l’article (le papier avait beaucoup souffert et l’O.C.R. peinait à reconnaitre les caractères) et je l’ai traduit en meilleur français, avec l’inévitable complicité de l’IA.
Je propose au lecteur les deux textes, d'abord ma traduction suivie de l’original de Hugues Walter.
par Henri (Heinrich) MENGES, pédagogue et dialectologue, (Betschdorf 9.6.1859 † Strasbourg 1.2.1913).
Après des études à l’École normale de Strasbourg, Henri Menges fut nommé à l’école agricole de Rouffach, où il se lia d’amitié avec l’historien Thiébaut Walter . Bon connaisseur du dialecte dans ses variations bas-rhinoises et haut-rhinoises, il collabora assidûment au Wörterbuch der elsässischen Mundarten de Martin © et Lienhart ©. Membre du comité central du Club Vosgien, Menges prit une part active à la rédaction du Jahrbuch für Geschichte, Sprache und Litteratur édité par la section Histoire et Littérature du Club Vosgien. Des ouvrages précieux pour l’histoire de l’Alsace, dans lesquels figurent notamment plusieurs publications de Thiébaut Walter.
Eigentliche abbildung der fürnembsten und merckwürdigsten Sachen, welche in dem Africanischer Capo Bona Sperance und in den orientalischen Indien gefunden werden, bestehende in allehand Nationen, wunderbahren Thieren und frembden erdgewächsen, aufgemerckt und zusammen getragen durch
Anno 1681
Je suis retombé récemment sur les notes, les documents et les articles que j'avais rédigés il y a quelque temps, au sujet d'un personnage étonnant , natif d'Ensisheim mais qui n'a cessé de proclamer dans ses carnets son attachement à Rouffach, où il avait été élevé et qu'il appelait "mein[e] geliebte Geburtsstadt Ruffach": Frantz Georg MÜLLER.
Le 9 janvier 1646, Frantz Georg quitte Rouffach et part découvrir le vaste monde: un périple qui l'amènera à travers les mers et les océans et le conduira à Batavia, le siège de la Compagnie néerlandaise, l’actuelle Jakarta, capitale de la république d’Indonésie, où il restera 13 ans comme soldat. Il s’engage dans la Compagnie néerlandais des Indes orientales le 13 octobre 1669, à l’âge de 23 ans.
D’une insatiable curiosité, il décrit minutieusement dans son Récit de voyages, un carnet relié de près de 500 pages manuscrites, conservé sous le titre Müllers Reise Beschreibung nach Batavia, les paysages, les hommes, les animaux et les plantes qu’il a pu observer au long des vingt-trois ans, quatre mois et un jour de son périple au-delà des océans.
Les dessins aquarellés de son carnet de voyage, bien connus des ethnographes, zoologues et botanistes, sont des documents rares et précieux. Ils décrivent son voyage vers l'Afrique du Sud et l'Indonésie de 1669 à 1682, offrant un aperçu visuel des lieux, de la faune et de la flore, des personnes et des cultures rencontrées à cette époque.
Même s'il n'est pas natif de Rouffach ce personnage pittoresque mérite d'être connu à Rouffach et devrait figurer dans la liste des personnages illustres de notre ville ...
Je vous propose ci-après, un article sur Frantz Georg MÜLLER, publié dans ces pages en avril 2018, mais toujours d'actualité ! Il est bon, parfois, de rafraîchir sa mémoire...
g.m. 10/09/2025
Nous invitons le lecteur à suivre une visite à la découverte de divers lieux de notre région, dans les pas de l’Association Philomatique d’Alsace et de Lorraine, du 23 au 26 mai 1863. Notre guide sera Frédéric KIRSCHLEGER, fondateur de l’association l’année précédente : éminent botaniste, professeur à l’École supérieure de Pharmacie de Strasbourg, il nous livre le compte-rendu de cette sortie en savante compagnie qui mêle les plaisirs de la table à la botanique et à l’archéologie Il est inutile que j’explique l’adjectif philomatique, Frédéric Kirschleger s’en charge dans les premières lignes.
Nous sommes en 1863, sous le second Empire, celui de Napoléon III et de l’impératrice Eugénie. L’Alsace s’était mise à la mode parisienne et il faut nous imaginer cette docte compagnie en élégante tenue de ville : les dames élégamment protégées par leur ombrelle, vêtues de robes bouffantes à crinoline, les messieurs en gilet, redingote et canotier, se lançant à l’assaut des sentiers pierreux menant au Bollenberg, sous le radieux soleil de mai… après un copieux repas, bien arrosé !

Gérard MICHEL
Ancien professeur de Lettres et passionné de paléographie, je partage sur ce blog le fruit de plus de 20 ans de travail autour de documents d'archives.
Cette page contient des liens vers des outils et sites partenaires autour de la paléographie, l'histoire et l'Alsace.
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