Découvrez l'Alsace d'autrefois avec l'histoire de Rouffach, capitale de l'Obermundat.
un chevalier de l'Ordre teutonique dans les latrines de la commanderie de Suntheim, au-dessus de l'Ombach. Reconstitution graphique contemporaine. ChatGpt sept.2026
Heimliches Ort, Heimliche Kammer, lieu d’aisance, cabinet d’aisance, latrines, commodités, garde-robe, petit coin, cabinet, tinette, toilettes, sanitaires, chiottes, gogues…
Les chroniqueurs médiévaux nous parlent volontiers des batailles, des fondations pieuses, des privilèges et des hauts faits des chevaliers. Mais ils sont beaucoup plus discrets sur une question pourtant essentielle : où allaient-ils satisfaire leurs besoins naturels ?
Les chevaliers de l’Ordre teutonique n’échappaient évidemment pas à cette nécessité très humaine. À Rouffach, leur commanderie semble même nous avoir laissé quelques indices particulièrement savoureux : des latrines aménagées au-dessus de l’Ombach, permettant aux nécessités de la vie quotidienne de suivre… directement le cours de la rivière. Un aménagement devenu source de discorde avec les autorités de la Ville de Rouffach...
L’anecdote prête à sourire, mais elle nous renseigne aussi sur l’architecture et la vie quotidienne d’une commanderie médiévale. Car l’histoire des monuments et des institutions ne s’arrête pas aux chapelles et aux salles capitulaires : elle doit parfois savoir regarder… sous les latrines.
l'Ohmbach à Rouffach (photo juin 1962 Gérard Michel)
L'Ohmbach, issu d'une courte vallée vosgienne, est un affluent de la Lauch dont une branche canalisée traversait jadis la vieille ville de Rouffach. Plusieurs publications, sur ce site et ailleurs,[1] ont traité de ce ruisseau. Cet article, qui concerne la partie haute de son cours, est le résultat d'observations effectuées lors de nombreuses sorties sur le terrain et de la consultation de la riche documentation disponible.
meÿster frantz (den) steÿnmetz
Cet article de Marc Grodwohl fait suite à un article paru le 21 avril 2026:
Franz Baur, Steinmetz, Baumeister, Werckmeister à Rouffach...
Pour y accéder cliquer sur le lien suivant: https://obermundat.org/personnages/585-baur
Nota :Les lettres entre parenthèses se rapportent au plan figure 7
Les contrats de travaux passés entre maîtres d’œuvre (maîtres tailleurs de pierre équivalents aux architectes actuels) et leurs clients maîtres d’ouvrage privés ne sont pas fréquents. Il est encore plus rare de pouvoir comparer physiquement ces documents avec les bâtiments correspondants. Gérard Michel a découvert aux Archives municipales de Rouffach un intéressant document qui nous invite à tenter un tel rapprochement. En 1583, Balthasar Goÿ, maître d’ouvrage, conclut avec Maître Franz, tailleur de pierre et maître d’œuvre, un contrat de travaux de reconstruction partielle et d’embellissement d’une maison à Rouffach. Le contrat est assez détaillé pour orienter la recherche sur le terrain de constructions pouvant être identifiées à celle décrite.
Nous avons prospecté Rouffach, nous limitant aux façades visibles sur rue car les cours sont inaccessibles sauf à solliciter l’accord des propriétaires, ce qui n’était nullement envisageable dans le cadre de cette recherche limitée et ponctuelle. Aucun bâtiment, en première analyse, ne satisfaisait aux trois critères de sélection : un oriel sur la rue, une tour d’escalier à vis, une date de construction un peu postérieure à 1583 idéalement associée aux initiales B.G. du maître d’ouvrage. Hélas, il s’est vite avéré que de telles initiales de propriétaires étaient rares et que la plupart des blasons avaient été bûchés. Ici il y avait un oriel mais pas de tour d’escalier, ailleurs la date de construction portée sur l’édifice ne concordait pas, et ainsi de suite. Il fallut réduire les ambitions et rechercher plutôt des vestiges probants dans un bâtiment transformé au point que sa silhouette initiale était méconnaissable et enfin, en cas d’échec de cette dernière tentative, admettre sa disparition.
Parmi les traditions fondatrices de l’histoire religieuse alsacienne, peu ont connu une fortune comparable à celle de saint Arbogast. Évêque de Strasbourg au VIIᵉ siècle, il apparaît dans les sources médiévales comme un saint thaumaturge, conseiller des rois mérovingiens et bienfaiteur de l’Église de Strasbourg.
Son nom est indissociable d’un récit qui a profondément marqué la mémoire régionale : la résurrection miraculeuse de Sigebert, fils du roi Dagobert, suivie de la donation de Rouffach à l’Église de Strasbourg. Cette tradition, connue par la Vita sancti Arbogasti rédigée au Xe siècle puis reprise par le chroniqueur rouffachois Materne Berler au début du XVIᵉ siècle, a longtemps servi à expliquer l’origine des possessions épiscopales dans le Haut-Rhin.
Au-delà de la légende, ces textes permettent de comprendre comment s’est construite la mémoire historique de l’ancienne seigneurie épiscopale de Rouffach et, plus largement, de l’Obermundat.

Gérard MICHEL
Ancien professeur de Lettres et passionné de paléographie, je partage sur ce blog le fruit de plus de 20 ans de travail autour de documents d'archives.
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