Découvrez l'Alsace d'autrefois avec l'histoire de Rouffach, capitale de l'Obermundat.
Jacques Callot (1592- 1635): Les Grandes misères de la guerre
Au lendemain des traités de Westphalie de 1648, l’Alsace ne retrouve pas immédiatement la tranquillité. Si la guerre de Trente Ans est officiellement terminée, la présence persistante de troupes, les difficultés de démobilisation et les tensions politiques dans le Rhin supérieur entretiennent un climat d’incertitude. Les territoires ecclésiastiques, et notamment ceux du chapitre cathédral de Strasbourg, demeurent particulièrement exposés.
Le document conservé aux Archives municipales de Rouffach (A.M.R. EE 1/3), daté du 3 janvier 1654 et rédigé à Saverne par le Grand Chapitre de la cathédrale de Strasbourg, illustre cette situation fragile. Répondant au rapport alarmant fait par le Magistrat de Rouffach, les autorités capitulaires évoquent les « tractations de Bâle », les risques de mouvements de troupes et la nécessité de maintenir une petite garnison malgré le manque d’hommes disponibles.
Cette correspondance administrative permet d’observer concrètement les préoccupations des autorités locales dans les années qui suivent la guerre : circulation des nouvelles, crainte des « excès militaires », financement des garnisons et défense des droits des états immédiats du Saint-Empire [1]. Elle montre aussi combien la paix de Westphalie reste, dans les réalités quotidiennes de l’Alsace des années 1650, une paix encore incomplète et précaire.
La Fête de la Raison, célébrée à Notre-Dame de Paris
MS 859: Ce manuscrit conservé à la B.N.U. de Strasbourg, constitue un témoignage exceptionnel sur l’introduction du culte révolutionnaire de la Raison, en Alsace pendant la phase radicale de la Révolution française, plus précisément durant la période de la déchristianisation et de la Terreur (1793-1794). Il présente un immense intérêt historique parce qu’il ne s’agit pas d’un texte officiel, mais du regard inquiet d’un témoin catholique, l’abbé Jean-Michel Vogelgsang.
Le texte décrit la célébration du premier « décadi », c’est-à-dire le jour de fête du calendrier républicain instauré par la Convention. Depuis l’automne 1793, les autorités révolutionnaires cherchent à remplacer le dimanche chrétien, à effacer les anciennes pratiques religieuses et à instaurer une religion civique centrée sur la Nation, la Liberté et la Raison.
L’église paroissiale est transformée en « Temple de la Raison », lieu de culte révolutionnaire avec, à la croisée du transept, un énorme échafaudage couvert de branches d’arbres évoquant une montagne !
Mais ce spectaculaire culte de la Raison célébré à Rouffach le 9 janvier 1794 ne surgit pas brutalement. Quelques semaines auparavant, le 10 décembre 1793 (20 frimaire an II), la ville avait déjà connu une première cérémonie révolutionnaire organisée dans l’église paroissiale désormais rebaptisée « Temple de la Raison ».
Le témoignage du chroniqueur Jean-Michel Vogelgsang permet de suivre presque pas à pas l’installation progressive de cette nouvelle liturgie civique. Dès cette première célébration, tous les éléments essentiels étaient déjà présents : interruption des offices religieux traditionnels, mobilisation obligatoire de la population, présence des autorités révolutionnaires, discours violemment hostiles au christianisme, exaltation de la République, bonnet rouge, chants patriotiques et même exécution de la Marseillaise à l’orgue de l’église !
Mais la cérémonie du 9 janvier 1794 marque une étape supplémentaire dans la radicalisation symbolique du culte révolutionnaire. À la simple réunion patriotique de décembre succède désormais une véritable mise en scène politique : édification du « Mont », apparition de la Déesse de la Raison, destruction publique du mobilier religieux et cérémonial collectif destiné à substituer aux anciennes pratiques chrétiennes une religion civique entièrement nouvelle.
Au début du XVe siècle, l’Obermundat de l’évêché de Strasbourg traverse une période de profondes recompositions politiques et financières. Deux documents conservés aux Archives municipales de Rouffach, datés des 6 septembre 1429 et 24 juillet 1430, permettent d’observer de manière concrète les conséquences de l’endettement chronique de l’évêque de Strasbourg, Guillaume de Diest , sur l’administration et la domination seigneuriale dans cette partie de la Haute-Alsace.
Le premier texte, rédigé à Molsheim en septembre 1429, confie à Dietrich von Ratsamhausen zum Stein, bailli de Rouffach, le bailliage ainsi que la garde du château d’Isenburg. En échange de ses services et des avances consenties, celui-ci est autorisé à percevoir directement les revenus de la seigneurie et même, en cas de non-remboursement, à se saisir du château épiscopal. Derrière les formules de chancellerie apparaît ainsi une réalité essentielle du pouvoir à la fin du Moyen Âge : l’endettement des princes ecclésiastiques conduit fréquemment à l’engagement temporaire de leurs terres, revenus et droits seigneuriaux.
Le second document, daté du lundi suivant la Sainte-Marguerite 1430, soit le 24 juillet 1430 selon le calendrier julien alors en usage, marque une étape supplémentaire. L’évêque annonce aux autorités et habitants des villes de Rouffach, Soultz-Haut-Rhin et Eguisheim, ainsi qu’aux vallées et villages de l’Obermundat, qu’il a engagé cette seigneurie au Doyen et au grand chapitre cathédral de Strasbourg. Les sujets sont alors déliés du serment prêté à l’évêque et invités à reconnaître de nouveaux maîtres.
Ces deux actes illustrent les mécanismes du gage seigneurial dans le Saint-Empire romain germanique. L’évêque, possesseur mais non propriétaire du fief épiscopal concédé par l’Empereur, ne peut aliéner définitivement la seigneurie. Il peut en revanche en transférer temporairement la jouissance, les revenus et l’exercice de l’autorité à ses créanciers.
La requête adressée le 21 septembre 1627 aux autorités épiscopales de Saverne par les représentants de Rouffach et de l’Obermundat constitue un témoignage particulièrement précieux sur la situation économique de la région au début de la guerre de Trente Ans (1618-1638). Répondant à une ordonnance interdisant l’exportation des grains et limitant le commerce du vin hors du territoire de l’Obermundat, afin de lutter contre la disette et la cherté, les communautés de la seigneurie exposent les difficultés qu’une telle mesure ferait peser sur une population vivant largement de la viticulture.
Au-delà de la question du ravitaillement, ce document éclaire les équilibres fragiles d’une société rurale dépendante des échanges régionaux, du crédit et du commerce du vin pour assurer sa subsistance dans un contexte de cherté croissante.
Un document remarquable par la densité des informations économiques et sociales qu’il contient…
En 1049, Léon IX offrit à l’abbaye de moniales bénéfdictines du village voisin de Woffenheim trois reliques de la Sainte Croix, montées en forme de crucifix, qui sont conservées à l’église aujourd’hui encore. (Sté d'Histoire et de Généalogie de Ste-Croix)

Gérard MICHEL
Ancien professeur de Lettres et passionné de paléographie, je partage sur ce blog le fruit de plus de 20 ans de travail autour de documents d'archives.
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