Découvrez l'Alsace d'autrefois avec l'histoire de Rouffach, capitale de l'Obermundat.
Parmi les traditions fondatrices de l’histoire religieuse alsacienne, peu ont connu une fortune comparable à celle de saint Arbogast. Évêque de Strasbourg au VIIᵉ siècle, il apparaît dans les sources médiévales comme un saint thaumaturge, conseiller des rois mérovingiens et bienfaiteur de l’Église de Strasbourg.
Son nom est indissociable d’un récit qui a profondément marqué la mémoire régionale : la résurrection miraculeuse de Sigebert, fils du roi Dagobert, suivie de la donation de Rouffach à l’Église de Strasbourg. Cette tradition, connue par la Vita sancti Arbogasti rédigée au Xe siècle puis reprise par le chroniqueur rouffachois Materne Berler au début du XVIᵉ siècle, a longtemps servi à expliquer l’origine des possessions épiscopales dans le Haut-Rhin.
Au-delà de la légende, ces textes permettent de comprendre comment s’est construite la mémoire historique de l’ancienne seigneurie épiscopale de Rouffach et, plus largement, de l’Obermundat.
La découverte de l’été : Madame Thérèse Rueff-Blondé, attachée de conservation du patrimoine, archiviste de la Ville de Rouffach, m’a permis de découvrir très récemment un petit cahier manuscrit, soigneusement relié, conservé aux archives municipales dans le fonds Theobald Walter, déposé par ses héritiers:
Ce journal concerne la période allant du 6 janvier 1788 au 1er avril 1791. L’écriture manuscrite n’est de toute évidence pas celle de Thiebaut Walter (1867-1934), je reconnais celle d’Apollinaire Freyburger (1813- 1901), auteur des deux tomes manuscrit de Documenta Collecta, eux aussi découverts « miraculeusement » au cours de l’été 2021. Walter cite souvent cet ouvrage qui était alors conservé aux archives paroissiales de Rouffach et que l’on pensait disparu depuis. C’est ce fragment du Journal de Vogelgsang qu’il publiera intégralement en 1929 dans la Revue d’Alsace [1] sous le titre L’abbé Vogelgsang de Rouffach (1761-1844)
J’ai pensé qu’il serait intéressant de proposer un extrait de ces pages de Vogelgsang, qui illustrent avec une remarquable spontanéité la manière dont un témoin provincial percevait les premiers événements révolutionnaires. Les nouvelles du rappel de Necker, de la prise de la Bastille ou des troubles parisiens côtoient les informations sur les émeutes de Strasbourg, Colmar, Guebwiller ou Soultzmatt, tandis que le chroniqueur continue de noter les offices religieux, les repas auxquels il est convié, les visites reçues ou encore les caprices de la météo.
Cette juxtaposition du quotidien et de la « grande Histoire » fait tout l'intérêt du document. Elle montre comment les bouleversements révolutionnaires s'inscrivent progressivement dans la vie ordinaire d'un prêtre alsacien, avant que la Révolution ne transforme profondément sa propre destinée.
Vue générale des Récollets Walter 1906
Je me suis fixé, comme devoir de vacances, un projet qui me tenait à cœur : transcrire puis traduire en français le remarquable opuscule que Theobald Walter consacra en 1906 au couvent des Franciscains (les Récollets) de Rouffach.
Cet ouvrage, devenu difficile d'accès, demeure une référence majeure pour l'histoire de ce site. S'appuyant sur l'ensemble des sources alors connues, il retrace avec une remarquable précision la vie quotidienne des religieux, leurs relations parfois houleuses avec la paroisse, mais aussi l'histoire du Schauenberg, les épreuves de la guerre de Trente Ans et les événements dramatiques de la Révolution française qui entraînèrent la disparition de la communauté et la vente du couvent.
Plus d'un siècle après sa publication, ce travail impressionne toujours par la qualité de son érudition, la richesse de sa documentation et l'élégance de son écriture. C'est un ouvrage qui se lit avec un réel plaisir ...
Au fil des prochaines semaines, je partagerai quelques extraits de cette traduction. Ils permettront de découvrir ou redécouvrir ce texte fondamental pour l'histoire de Rouffach et de mesurer combien une nouvelle édition, comprenant la transcription diplomatique du texte allemand, la traduction française en regard, des notes explicatives et une introduction historique, constituerait, à ma connaissance, la première réédition moderne de ce travail fondamental. Je suis convaincu qu'elle rendrait un réel service à tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de Rouffach et de l'Obermundat.
Jacques Callot (1592- 1635): Les Grandes misères de la guerre
Au lendemain des traités de Westphalie de 1648, l’Alsace ne retrouve pas immédiatement la tranquillité. Si la guerre de Trente Ans est officiellement terminée, la présence persistante de troupes, les difficultés de démobilisation et les tensions politiques dans le Rhin supérieur entretiennent un climat d’incertitude. Les territoires ecclésiastiques, et notamment ceux du chapitre cathédral de Strasbourg, demeurent particulièrement exposés.
Le document conservé aux Archives municipales de Rouffach (A.M.R. EE 1/3), daté du 3 janvier 1654 et rédigé à Saverne par le Grand Chapitre de la cathédrale de Strasbourg, illustre cette situation fragile. Répondant au rapport alarmant fait par le Magistrat de Rouffach, les autorités capitulaires évoquent les « tractations de Bâle », les risques de mouvements de troupes et la nécessité de maintenir une petite garnison malgré le manque d’hommes disponibles.
Cette correspondance administrative permet d’observer concrètement les préoccupations des autorités locales dans les années qui suivent la guerre : circulation des nouvelles, crainte des « excès militaires », financement des garnisons et défense des droits des états immédiats du Saint-Empire [1]. Elle montre aussi combien la paix de Westphalie reste, dans les réalités quotidiennes de l’Alsace des années 1650, une paix encore incomplète et précaire.

Gérard MICHEL
Ancien professeur de Lettres et passionné de paléographie, je partage sur ce blog le fruit de plus de 20 ans de travail autour de documents d'archives.
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