Parmi les traditions fondatrices de l’histoire religieuse alsacienne, peu ont connu une fortune comparable à celle de saint Arbogast. Évêque de Strasbourg au VIIᵉ siècle, il apparaît dans les sources médiévales comme un saint thaumaturge, conseiller des rois mérovingiens et bienfaiteur de l’Église de Strasbourg.
Son nom est indissociable d’un récit qui a profondément marqué la mémoire régionale : la résurrection miraculeuse de Sigebert, fils du roi Dagobert, suivie de la donation de Rouffach à l’Église de Strasbourg. Cette tradition, connue par la Vita sancti Arbogasti rédigée au Xe siècle puis reprise par le chroniqueur rouffachois Materne Berler au début du XVIᵉ siècle, a longtemps servi à expliquer l’origine des possessions épiscopales dans le Haut-Rhin.
Au-delà de la légende, ces textes permettent de comprendre comment s’est construite la mémoire historique de l’ancienne seigneurie épiscopale de Rouffach et, plus largement, de l’Obermundat.
La Fête de la Raison, célébrée à Notre-Dame de Paris
MS 859: Ce manuscrit conservé à la B.N.U. de Strasbourg, constitue un témoignage exceptionnel sur l’introduction du culte révolutionnaire de la Raison, en Alsace pendant la phase radicale de la Révolution française, plus précisément durant la période de la déchristianisation et de la Terreur (1793-1794). Il présente un immense intérêt historique parce qu’il ne s’agit pas d’un texte officiel, mais du regard inquiet d’un témoin catholique, l’abbé Jean-Michel Vogelgsang.
Le texte décrit la célébration du premier « décadi », c’est-à-dire le jour de fête du calendrier républicain instauré par la Convention. Depuis l’automne 1793, les autorités révolutionnaires cherchent à remplacer le dimanche chrétien, à effacer les anciennes pratiques religieuses et à instaurer une religion civique centrée sur la Nation, la Liberté et la Raison.
L’église paroissiale est transformée en « Temple de la Raison », lieu de culte révolutionnaire avec, à la croisée du transept, un énorme échafaudage couvert de branches d’arbres évoquant une montagne !
Mais ce spectaculaire culte de la Raison célébré à Rouffach le 9 janvier 1794 ne surgit pas brutalement. Quelques semaines auparavant, le 10 décembre 1793 (20 frimaire an II), la ville avait déjà connu une première cérémonie révolutionnaire organisée dans l’église paroissiale désormais rebaptisée « Temple de la Raison ».
Le témoignage du chroniqueur Jean-Michel Vogelgsang permet de suivre presque pas à pas l’installation progressive de cette nouvelle liturgie civique. Dès cette première célébration, tous les éléments essentiels étaient déjà présents : interruption des offices religieux traditionnels, mobilisation obligatoire de la population, présence des autorités révolutionnaires, discours violemment hostiles au christianisme, exaltation de la République, bonnet rouge, chants patriotiques et même exécution de la Marseillaise à l’orgue de l’église !
Mais la cérémonie du 9 janvier 1794 marque une étape supplémentaire dans la radicalisation symbolique du culte révolutionnaire. À la simple réunion patriotique de décembre succède désormais une véritable mise en scène politique : édification du « Mont », apparition de la Déesse de la Raison, destruction publique du mobilier religieux et cérémonial collectif destiné à substituer aux anciennes pratiques chrétiennes une religion civique entièrement nouvelle.
Les archives de Rouffach sont très discrètes sur un évènement qui pourtant a été, en Alsace et dans toute l’Europe, à l’origine d’un bouleversement profond : la Réforme.
La Réforme pénètre très tôt en Alsace et s’y implante rapidement. Elle fut atteinte, dès1520 par les écrits de Martin Luther, diffusés par les imprimeurs strasbourgeois favorables aux idées nouvelles. Même si la majorité des membres du Grand Chapitre, les chapitres de Saint-Pierre-le Vieux et de Saint-Pierre-le-Jeune comme une bonne partie du clergé traditionnel se refusèrent à embrasser la Réforme, l’évêque de Strasbourg, Guillaume de Honstein ne parvint pas, malgré sa résistance, à freiner le mouvement de renouveau. Le protestantisme s’impose à Strasbourg, Mulhouse, Colmar et Munster. À la fin du XVIème siècle, un tiers de l’Alsace est devenu protestant.
Après la Guerre des Paysans, des anabaptistes affluèrent à Strasbourg, ville ouverte et tolérante. Refusant le baptême des enfants, ils rebaptisent leurs adeptes, d’où le nom Täufer, Wiedertäufer ou Anabaptisten (issu du grec ecclesiastique ἀνά βαπτίζειν / aná baptízein, signifiant « baptiser à nouveau ). Ils refusent de prêter serment aux autorités civiles et de monter la garde, et excluent tout service militaire pour un chrétien.
Le mouvement des mennonites, une communauté religieuse protestante issue de l'anabaptime du seizième siècle se développa au dixseptième à la suite de violentes répressions, ce qui explique l'importance de l'Alsace pour les mennonites d'aujourd'hui.
C'est également en Alsace que se produisit le schisme de Jakob Amman, fondateur du mouvement amish en 1693
La Nativité, Gerrit van Honthorst (vers 1619-21) Galerie des Offices
Jacques Callot: Les Grandes Misères de la guerre 1633
Par L. Brunner.
Rixheim Imprimé et publié par A. Sutter. 1871
La Guerre de Trente Ans (1618-1648) : Ce conflit a ravagé l'Alsace, entraînant la destruction de villages entiers, ainsi qu'une chute démographique massive. Bien que les documents ne mentionnent pas explicitement le pillage ou la destruction d'archives en masse, l'ampleur de la dévastation physique implique inévitablement des pertes considérables de registres locaux (paroissiaux, municipaux, seigneuriaux, privés), souvent conservés dans des bâtiments vulnérables. Cette situation crée des lacunes importantes pour la reconstruction de la vie locale de cette période, obligeant les historiens à s'appuyer sur des preuves fragmentées ou indirectes. Les archives de Rouffach sont pauvres en documents sur cette période, la source la plus riche, les protocoles des conseils du Magistrat, n'ont plus été tenus ou ont disparu. Il reste quelques très rares témoignages directs, des récits, des annales et des chroniques. Le récit que fait L. Brunner des exactions perpétrées à Rouffach par les troupes suédoises, s'appuie sur les annales des Jésuites de Rouffach, établis au prieuré de saint Valentin. Il aurait eu accès à ce document, conservé à Rome, grâce à la bienveillance d'un ami... Ce récit s'ajoute à d'autres récits, comme celui que fait Jean-Simon Müller des mêmes exactions dans son Urbarium: , ce ne sont pas des sources d'archives, rappelons-le, ils reflètent la vision et l'interprétation d'événements certes réels, avérés, par un auteur qui n'en a pas été le témoin direct.
Les lecteurs latinistes et exceptionnellement courageux, pourront retrouver les Annales des Jésuites de Rouffach dans l'imposant ouvrage de Joseph Gény: Jahrbücher der Jesuiten zu Schlettstadt und Rufach: 1615-1765 (2 tomes 1895-1896)
Je propose ci-dessous une traduction en français du récit de L.Brunner (l'original est en allemand et imprimé en police gothique, la Fraktur, police standard pour l'impression des textes allemands jusqu'au milieu du XXème siècle. Le lecteur pourra trouver un scanner de l'article complet en cliquant sur books.google . Pour la traduction j'ai bénéficié de l'active complicité de gemini Google.
Gérard Michel

Gérard MICHEL
Ancien professeur de Lettres et passionné de paléographie, je partage sur ce blog le fruit de plus de 20 ans de travail autour de documents d'archives.
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