meÿster frantz (den) steÿnmetz
(Nota :Les lettres entre parenthèses se rapportent au plan figure 7)
Les contrats de travaux passés entre maîtres d’œuvre (maîtres tailleurs de pierre équivalents aux architectes actuels) et leurs clients maîtres d’ouvrage privés ne sont pas fréquents. Il est encore plus rare de pouvoir comparer physiquement ces documents avec les bâtiments correspondants. Gérard Michel a découvert aux Archives municipales de Rouffach un intéressant document qui nous invite à tenter un tel rapprochement. En 1583, Balthasar Goÿ, maître d’ouvrage, conclut avec Maître Franz, tailleur de pierre et maître d’œuvre, un contrat de travaux de reconstruction partielle et d’embellissement d’une maison à Rouffach. Le contrat est assez détaillé pour orienter la recherche sur le terrain de constructions pouvant être identifiées à celle décrite.
Nous avons prospecté Rouffach, nous limitant aux façades visibles sur rue car les cours sont inaccessibles sauf à solliciter l’accord des propriétaires, ce qui n’était nullement envisageable dans le cadre de cette recherche limitée et ponctuelle. Aucun bâtiment, en première analyse, ne satisfaisait aux trois critères de sélection : un oriel sur la rue, une tour d’escalier à vis, une date de construction un peu postérieure à 1583 idéalement associée aux initiales B.G. du maître d’ouvrage. Hélas, il s’est vite avéré que de telles initiales de propriétaires étaient rares et que la plupart des blasons avaient été bûchés. Ici il y avait un oriel mais pas de tour d’escalier, ailleurs la date de construction portée sur l’édifice ne concordait pas, et ainsi de suite. Il fallut réduire les ambitions et rechercher plutôt des vestiges probants dans un bâtiment transformé au point que sa silhouette initiale était méconnaissable et enfin, en cas d’échec de cette dernière tentative, admettre sa disparition.
Vue générale des Récollets Walter 1906
Je me suis fixé, comme devoir de vacances, un projet qui me tenait à cœur : transcrire puis traduire en français le remarquable opuscule que Theobald Walter consacra en 1906 au couvent des Franciscains (les Récollets) de Rouffach.
Cet ouvrage, devenu difficile d'accès, demeure une référence majeure pour l'histoire de ce site. S'appuyant sur l'ensemble des sources alors connues, il retrace avec une remarquable précision la vie quotidienne des religieux, leurs relations parfois houleuses avec la paroisse, mais aussi l'histoire du Schauenberg, les épreuves de la guerre de Trente Ans et les événements dramatiques de la Révolution française qui entraînèrent la disparition de la communauté et la vente du couvent.
Plus d'un siècle après sa publication, ce travail impressionne toujours par la qualité de son érudition, la richesse de sa documentation et l'élégance de son écriture. C'est un ouvrage qui se lit avec un réel plaisir ...
Au fil des prochaines semaines, je partagerai quelques extraits de cette traduction. Ils permettront de découvrir ou redécouvrir ce texte fondamental pour l'histoire de Rouffach et de mesurer combien une nouvelle édition, comprenant la transcription diplomatique du texte allemand, la traduction française en regard, des notes explicatives et une introduction historique, constituerait, à ma connaissance, la première réédition moderne de ce travail fondamental. Je suis convaincu qu'elle rendrait un réel service à tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de Rouffach et de l'Obermundat.

La nouvelle tranche de la campagne de restauration qui sera engagée dans le transept de l’église Notre-Dame de Rouffach suscite un intérêt particulier auprès des historiens du patrimoine. Lors de la restauration du décor peint du chœur, des traces d’un décor peint médiéval avaient en effet été découvertes sous les repeints du début du XXᵉ siècle, révélant l’existence d’un programme décoratif ancien dont on ne soupçonnait pas l’importance.
Cette découverte invite aujourd’hui à s’interroger sur les parties encore inexplorées de l’édifice. Le transept conserve-t-il, lui aussi, sous les badigeons et restaurations successives, des vestiges du décor médiéval mentionné au XIXᵉ siècle par le chanoine Alexandre Straub ? Avant les grands travaux des années 1860-1870, celui-ci avait observé dans les absidioles du transept plusieurs scènes peintes qu’il décrivit avec précision. Son témoignage constitue désormais un document précieux pour guider les recherches et nourrir l’espoir d’une redécouverte.
Un clocher tors ou vrillé constitue pour la localité qui l’abrite, une curiosité patrimoniale, au point que les communes qui en possèdent un se sont constituées en association pour en faire la promotion touristique et culturelle. Selon L'Association des clochers tors d'Europe, il y en aurait 115 recensés en Europe, dont 65 en France. Parmi ces derniers, celui de l’église Saint Gall de Niedermorschwihr (68), dont la flèche vrillée s’élance à 42 mètres.
Dans une grande partie des flèches vrillées, la provenance du tors est accidentelle, suite à la déformation de la charpente. Mais cette singularité peut être intentionnelle, quand le clocher a été projeté tors avant sa construction, témoignant du savoir-faire accompli des bâtisseurs .
Poêle de la Tribu À l'Éléphant, rue de la Poterne
Dans la masse des « alsatiques » consacrés à l’histoire de l’Alsace, beaucoup, sinon la plupart, sont rédigés en allemand et sont donc inaccessibles aux amateurs d’histoire ancienne. Il en va de même pour les documents d’archive, également en allemand, même pour ceux d’après le passage de l’Alsace à la France. Sans compter les difficultés de lecture que présente, même pour les germanophones, l’écriture des documents manuscrits.
Beaucoup de ces alsatiques sur l’histoire de Rouffach sont aujourd’hui quasi introuvables ou inaccessibles, cachés jalousement par des institutions, des associations ou des collectionneurs peu partageux. Heureusement la « fée » Internet vient à notre secours et il est très facile aujourd’hui pour qui sait chercher d’y trouver par exemple les œuvres de Thiebaut Walter, historien rouffachois, scannées et numérisés sur des sites allemands, anglais ou américains du Michigan ou de Californie ! Mais quel intérêt, si on ne pratique pas la langue ?
Je propose au lecteur un texte d’Antoine Gardner (Mulhouse 23.2.1903 † Mulhouse 6.2.1981), animateur d’associations culturelles, journaliste, bibliophile et spécialiste de l’architecture religieuse et profane de la Haute Alsace, publié en allemand, dans l’Almanach du Journal L’Alsace de 1946 :
Cet article est disponible numérisé : https://dl.ub.uni-freiburg.de/diglit/alsace_1946

Gérard MICHEL
Ancien professeur de Lettres et passionné de paléographie, je partage sur ce blog le fruit de plus de 20 ans de travail autour de documents d'archives.
Cette page contient des liens vers des outils et sites partenaires autour de la paléographie, l'histoire et l'Alsace.
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