Un clocher tors ou vrillé constitue pour la localité qui l’abrite, une curiosité patrimoniale, au point que les communes qui en possèdent un se sont constituées en association pour en faire la promotion touristique et culturelle. Selon L'Association des clochers tors d'Europe, il y en aurait 115 recensés en Europe, dont 65 en France. Parmi ces derniers, celui de l’église Saint Gall de Niedermorschwihr (68), dont la flèche vrillée s’élance à 42 mètres.
Dans une grande partie des flèches vrillées, la provenance du tors est accidentelle, suite à la déformation de la charpente. Mais cette singularité peut être intentionnelle, quand le clocher a été projeté tors avant sa construction, témoignant du savoir-faire accompli des bâtisseurs .
Poêle de la Tribu À l'Éléphant, rue de la Poterne
Dans la masse des « alsatiques » consacrés à l’histoire de l’Alsace, beaucoup, sinon la plupart, sont rédigés en allemand et sont donc inaccessibles aux amateurs d’histoire ancienne. Il en va de même pour les documents d’archive, également en allemand, même pour ceux d’après le passage de l’Alsace à la France. Sans compter les difficultés de lecture que présente, même pour les germanophones, l’écriture des documents manuscrits.
Beaucoup de ces alsatiques sur l’histoire de Rouffach sont aujourd’hui quasi introuvables ou inaccessibles, cachés jalousement par des institutions, des associations ou des collectionneurs peu partageux. Heureusement la « fée » Internet vient à notre secours et il est très facile aujourd’hui pour qui sait chercher d’y trouver par exemple les œuvres de Thiebaut Walter, historien rouffachois, scannées et numérisés sur des sites allemands, anglais ou américains du Michigan ou de Californie ! Mais quel intérêt, si on ne pratique pas la langue ?
Je propose au lecteur un texte d’Antoine Gardner (Mulhouse 23.2.1903 † Mulhouse 6.2.1981), animateur d’associations culturelles, journaliste, bibliophile et spécialiste de l’architecture religieuse et profane de la Haute Alsace, publié en allemand, dans l’Almanach du Journal L’Alsace de 1946 :
Cet article est disponible numérisé : https://dl.ub.uni-freiburg.de/diglit/alsace_1946
© photo Service régional de l'Inventaire d'Alsace 1999
Personne n’ignore, au moins l’espère-t-on, qu’il existait à Rouffach jusqu’à la fin du 18ème siècle, au pied du château d’Isenbourg, un prieuré bénédictin fondé au Xième siècle qui devint rapidement un lieu de pèlerinage célèbre à travers toute l’Europe d’alors : il accueillait les épileptiques et leur famille qui venaient prier et implorer la guérison de leur mal devant les reliques de saint Valentin.
Après la Révolution, l’ensemble de ce prieuré, église, maison, cour, hangar et jardins, devenu Bien national, est vendu par lots, 33 au total, par les propriétaires, le citoyen Jean Ulrich Metzger et Consorts de Colmar, le 1er et 2 avril 1793, par Me Hertzog, notaire à Colmar. Les archives départementales de Colmar conservent les minutes de cette vente ainsi que le plan dressé le 21 février 1793. L’ensemble avait été acquis à la suite d’une adjudication, le 19 décembre 1791. Le lot n° 1, d’une superficie de 185 perches de Colmar, contenant l’église, le cloître, une maison d’habitation et un pressoir daté de 1753, fut adjugé pour 14100 livres au citoyen Johann Valentin Goll et Consort de Colmar.
Le 20 février 1809 débutèrent les travaux de démolition de l’église des jésuites, l’église Saint Valentin. "Les deux autels latéraux avaient été offerts, quelques années plus tôt, à l’église des franciscains. Le propriétaire aurait souhaité offrir le bel autel principal orné de quatre colonnes, à l’église paroissiale. Mais on n’accepta que le tableau de saint Valentin et un autre de saint Xavier qui se trouvait sur un autel latéral. Toute la ville déplore la vente et la démolition de cette église qui est maintenant la troisième de nos cinq églises. La même destinée attend également l’église des franciscains."
(Source : MS 860 (Réserve) B.N.U. Strasbourg Journal de l’abbé Jean Michel VOGELGSANG.)
Selon Jean Michel Vogelgsang, les pierres de démolition de l’église auraient servi à la construction du nouveau canal ?
Cette vision d’avenir de l’abbé Vogelgsang ne se réalisa pas totalement : l’église des franciscains a survécu à la Révolution, notamment grâce d’ailleurs à Jean Michel Vogelgsang lui-même. Mais de l’église du nouvel hôpital saint Jacques il ne reste rien aujourd’hui. De celle du vieil hôpital, il ne subsiste que le nom de la ruelle qui y conduisait, la ruelle du saint Esprit. De la notoriété « européenne » du prieuré saint Valentin, de son cloître et de son église, il ne reste plus que le souvenir : la rue du Prieuré, un grand vitrail représentant saint Valentin dans l'absidiole du transept sud de l’église paroissiale et, dans la même absidiole, un buste-reliquaire en bois doré du 18ème siècle, représentant saint Valentin, provenant de l'ancien prieuré. Sans oublier une grande toile Saint Valentin et l'épileptique, provenant elle aussi du même prieuré. Ce tableau du 18ème siècle, inscrit au titre des monuments historiques, une huile sur toile connue sous la dénomination Saint Valentin et l’épileptique, représente le saint, implorant la bénédiction divine pour un malade épileptique étendu à ses pieds.
La toile aurait été longtemps entreposée dans l’église paroissiale, derrière le maître-autel et a fini par être accrochée dans le porche d’entrée du presbytère, exposée aux intempéries, où elle a subi d’importantes dégradations, volontaires ou non. Puis elle a été entreposée, avec deux autres toiles de la même dimension, dans une réserve froide et humide du presbytère. Aujourd’hui, elle présente d’importantes déchirures, des accrocs, plusieurs lacunes et une altération générale de la couche picturale.
Florent Fritsch, ingénieur de recherche au Service du Patrimoine de la Région Grand-Est
présente:
image Wikipedia
Journal l’Alsace mercredi 22 février 1989
L'ancienne splendeur de Rouffach se reflète dans son patrimoine architectural. Ancienne capitale des possessions des princes- évêques de Strasbourg en Haute-Alsace on ne s'étonnera pas d'y trouver quelques édifices dignes de son rang. L'art de bâtir de ses maîtres d’œuvre vaut à notre cité le surnom de « Ville de la Renaissance », Renaissance qui fut en effet l'âge d'or de Rouffach. Parmi les témoins de cette époque l'ancien hôtel de ville est le plus marquant. Situé favorablement dans le cadre monumental qui entoure la place de la République, entre la tour des Sorcières et l'ancienne maison de recette du grand chapitre de la cathédrale de Strasbourg (presbytère), il capte le regard du visiteur par ses pignons à volutes. A première vue il semble appartenir à une même époque. Cependant, près d'un siècle et demi sépare les deux éléments qui forment le bâtiment actuel.

Gérard MICHEL
Ancien professeur de Lettres et passionné de paléographie, je partage sur ce blog le fruit de plus de 20 ans de travail autour de documents d'archives.
Cette page contient des liens vers des outils et sites partenaires autour de la paléographie, l'histoire et l'Alsace.
© 2025 Obermundat