La découverte de l’été : Madame Thérèse Rueff-Blondé, attachée de conservation du patrimoine, archiviste de la Ville de Rouffach, m’a permis de découvrir très récemment un petit cahier manuscrit, soigneusement relié, conservé aux archives municipales dans le fonds Theobald Walter, déposé par ses héritiers:
Ce journal concerne la période allant du 6 janvier 1788 au 1er avril 1791. L’écriture manuscrite n’est de toute évidence pas celle de Thiebaut Walter (1867-1934), je reconnais celle d’Apollinaire Freyburger (1813- 1901), auteur des deux tomes manuscrit de Documenta Collecta, eux aussi découverts « miraculeusement » au cours de l’été 2021. Walter cite souvent cet ouvrage qui était alors conservé aux archives paroissiales de Rouffach et que l’on pensait disparu depuis. C’est ce fragment du Journal de Vogelgsang qu’il publiera intégralement en 1929 dans la Revue d’Alsace [1] sous le titre L’abbé Vogelgsang de Rouffach (1761-1844)
J’ai pensé qu’il serait intéressant de proposer un extrait de ces pages de Vogelgsang, qui illustrent avec une remarquable spontanéité la manière dont un témoin provincial percevait les premiers événements révolutionnaires. Les nouvelles du rappel de Necker, de la prise de la Bastille ou des troubles parisiens côtoient les informations sur les émeutes de Strasbourg, Colmar, Guebwiller ou Soultzmatt, tandis que le chroniqueur continue de noter les offices religieux, les repas auxquels il est convié, les visites reçues ou encore les caprices de la météo.
Cette juxtaposition du quotidien et de la « grande Histoire » fait tout l'intérêt du document. Elle montre comment les bouleversements révolutionnaires s'inscrivent progressivement dans la vie ordinaire d'un prêtre alsacien, avant que la Révolution ne transforme profondément sa propre destinée.
Jacques Callot (1592- 1635): Les Grandes misères de la guerre
Au lendemain des traités de Westphalie de 1648, l’Alsace ne retrouve pas immédiatement la tranquillité. Si la guerre de Trente Ans est officiellement terminée, la présence persistante de troupes, les difficultés de démobilisation et les tensions politiques dans le Rhin supérieur entretiennent un climat d’incertitude. Les territoires ecclésiastiques, et notamment ceux du chapitre cathédral de Strasbourg, demeurent particulièrement exposés.
Le document conservé aux Archives municipales de Rouffach (A.M.R. EE 1/3), daté du 3 janvier 1654 et rédigé à Saverne par le Grand Chapitre de la cathédrale de Strasbourg, illustre cette situation fragile. Répondant au rapport alarmant fait par le Magistrat de Rouffach, les autorités capitulaires évoquent les « tractations de Bâle », les risques de mouvements de troupes et la nécessité de maintenir une petite garnison malgré le manque d’hommes disponibles.
Cette correspondance administrative permet d’observer concrètement les préoccupations des autorités locales dans les années qui suivent la guerre : circulation des nouvelles, crainte des « excès militaires », financement des garnisons et défense des droits des états immédiats du Saint-Empire [1]. Elle montre aussi combien la paix de Westphalie reste, dans les réalités quotidiennes de l’Alsace des années 1650, une paix encore incomplète et précaire.
La Fête de la Raison, célébrée à Notre-Dame de Paris
MS 859: Ce manuscrit conservé à la B.N.U. de Strasbourg, constitue un témoignage exceptionnel sur l’introduction du culte révolutionnaire de la Raison, en Alsace pendant la phase radicale de la Révolution française, plus précisément durant la période de la déchristianisation et de la Terreur (1793-1794). Il présente un immense intérêt historique parce qu’il ne s’agit pas d’un texte officiel, mais du regard inquiet d’un témoin catholique, l’abbé Jean-Michel Vogelgsang.
Le texte décrit la célébration du premier « décadi », c’est-à-dire le jour de fête du calendrier républicain instauré par la Convention. Depuis l’automne 1793, les autorités révolutionnaires cherchent à remplacer le dimanche chrétien, à effacer les anciennes pratiques religieuses et à instaurer une religion civique centrée sur la Nation, la Liberté et la Raison.
L’église paroissiale est transformée en « Temple de la Raison », lieu de culte révolutionnaire avec, à la croisée du transept, un énorme échafaudage couvert de branches d’arbres évoquant une montagne !
Mais ce spectaculaire culte de la Raison célébré à Rouffach le 9 janvier 1794 ne surgit pas brutalement. Quelques semaines auparavant, le 10 décembre 1793 (20 frimaire an II), la ville avait déjà connu une première cérémonie révolutionnaire organisée dans l’église paroissiale désormais rebaptisée « Temple de la Raison ».
Le témoignage du chroniqueur Jean-Michel Vogelgsang permet de suivre presque pas à pas l’installation progressive de cette nouvelle liturgie civique. Dès cette première célébration, tous les éléments essentiels étaient déjà présents : interruption des offices religieux traditionnels, mobilisation obligatoire de la population, présence des autorités révolutionnaires, discours violemment hostiles au christianisme, exaltation de la République, bonnet rouge, chants patriotiques et même exécution de la Marseillaise à l’orgue de l’église !
Mais la cérémonie du 9 janvier 1794 marque une étape supplémentaire dans la radicalisation symbolique du culte révolutionnaire. À la simple réunion patriotique de décembre succède désormais une véritable mise en scène politique : édification du « Mont », apparition de la Déesse de la Raison, destruction publique du mobilier religieux et cérémonial collectif destiné à substituer aux anciennes pratiques chrétiennes une religion civique entièrement nouvelle.
Le document qui fait l’objet de cet article est extrait de cahiers inédits de Thiebaut Walter, intitulés Ratschronik der Stadt Rufach Chroniques du Magistrat de Rouffach….
Pierre Paul Faust, archiviste de la Ville m’a dit qu’il en avait possédé l’original mais que, malheureusement, il l'avait prêté et qu’on ne le lui avait jamais rendu. Heureusement, il en avait fait des photocopies de bonne qualité qu’il m’a offertes.
Théobald Walter a maintes fois évoqué un quatrième volume de son œuvre sur les archives de Rouffach. Ces cahiers manuscrits seraient-ils l’ébauche ou le brouillon de ce dernier volume ? Le premier cahier couvre la période de 1501 à 1598, un second de 1531 à 1619 et le dernier de 1619 à 1634. L’ensemble ne comporte aucune annotation ou commentaire. Ces cahiers sont des cahiers d'écolier de 100 pages, de marque l’Alsacien, appartenant « dem Verfasser »! et habituellement vendus dans les écoles au profit de l’Orphelinat du Corps enseignant d’Alsace et de Lorraine…
Pour l’instant je me suis attelé à la transcription de ces cahiers, un travail qui pourrait aboutir à une publication ? A l’issue de ce travail, ces cahiers rejoindront le fonds Pierre Paul Faust des archives de la Ville de Rouffach.
Un travail qui n'est pas toujours aisé, la petite écrtiture serrée, mais très régulière , de Theobald Walter me donne bien souvent du fil à retordre! Parfois plus qu'un document original du XVème ou du XVIème siècle...
À la fin du XVIᵉ siècle, les villes d’Alsace et du Rhin supérieur sont traversées par une foule mouvante de pauvres, d’artisans errants, de soldats démobilisés, de réfugiés et d’infirmes vivant d’aumônes et de secours occasionnels. Le document présenté ici, extrait du registre de dépenses du Burgermeister Jakob Fischer, comptable de la Ville pour l’année 1597, offre un témoignage exceptionnel sur cette misère quotidienne.
Derrière l’énumération comptable des secours distribués, apparaissent les conséquences concrètes des crises économiques, des guerres, des accidents et des catastrophes naturelles qui frappent alors les populations. Ce registre permet également de saisir l’ampleur des circulations humaines dans l’espace rhénan, à la veille du XVIIᵉ siècle.

Gérard MICHEL
Ancien professeur de Lettres et passionné de paléographie, je partage sur ce blog le fruit de plus de 20 ans de travail autour de documents d'archives.
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