Dans l’ouvrage édité en 2019 Cochons de ville, Cochons des bois (Marc Grodwohl-Gérard Michel), la présence de cochons en ville a été évoquée assez brièvement, faute de documentation suffisante dans les archives. La documentation des glandées dans les forêts du Hochberg ou des transhumances dans des contrées plus lointaines est par contre richement documentée. L’explication de cette situation est simple : la présence de cochons dans les rues et ruelles d’une ville est quotidienne et, sauf litiges, incidents ou accidents, ne nécessite pas l’intervention des institutions de la ville ni le recours à la plume d’un greffier… En revanche, les glandées, les transhumances, sont l’affaire du Magistrat, Schultheiβ, Burgermeister, et autres, et génèrent donc du papier, ce qui fait évidemment l’affaire des historiens ! Une grande partie des documents sur lesquels ils travaillent sont des documents administratifs, contrats, règlements, procès-verbaux, états divers, devis, etc. Peu ou pas de courriers personnels dans lesquels un rédacteur raconterait ou décrirait : pourquoi décrirait-on quelque chose qui fait partie du quotidien ?
Pour la partie consacrée à ces cochons du quotidien, je pensais avoir épuisé les ressources écrites des archives. Mais un document m’avait échappé, découvert très récemment, un parchemin daté du mercredi qui suit la fête de Tous les Saints, année 1506 : Der Beck ordnung ire Swin halb, règlement à l’usage des boulangers, concernant leurs cochons…
Le document que propose cet article est une supplique adressée par l’ensemble des très obéissants et très soumis sujets de l’Obermundat à son altesse sérénissime l’évêque de Strasbourg, leur Seigneur et Prince.
Le document n’est pas daté, comme la plupart des suppliques. Mais la graphie, certaines tournures et les situations évoquées permettent de préciser les circonstances et le moment de sa rédaction: il date vraisemblablement des années qui ont suivi les traités de Münster en Westphalie de 1648 et des événements douloureux qu’a connu la ville en 1674 et 1675
La population de la Ville implore leur Seigneur pour qu'il leur vienne en aide en allégeant les charges qui s’accroissent de jour en jour et qui leur sont devenues insupportables. Il s'agit donc de convaincre et dans le cas présent d'émouvoir, de susciter de la pitié...
D’autres requêtes sur les mêmes sujets sont conservées aux archives de Rouffach, j’ai choisi celle-ci, malgré les difficultés qu’elle présente par le vocabulaire et la syntaxe parfois inutilement compliquée et parfois obscure. La traduction n’a pas été aisée, et celle que je propose ici n’est pas définitive, il reste encore des lacunes importantes que les lecteurs pourront peut-être aider à combler…
les travaux s'achèvent... une alliance parfaite entre la lumineuse couleur bleue des voûtains ( XIXème siècle) , celles des clés de voûtes (XIVème siècle ?) et le blond chaud de la pierre des carrières de Rouffach
Intérieur de l'église de Rouffach Lithographie Engelmann (1828 ?)
Septembre 1664 ... le curé de Notre-Dame, Johann Jacob WINTZ [1], se plaint auprès du Magistrat de la Ville que les habitants de la cité fréquentent peu les offices religieux et les « Predigt » Cette « Predigt » précède généralement d’une heure « das Amt », la grand-messe. On serait tenté de traduire Predigt par sermon ou homélie,il s’agit plutôt d’une heure d’instruction religieuse, de catéchisme… par un Prediger, un prédicateur, qui n’est pas nécessairement le Pfarrherr qui, lui, officiera pour la messe, das Amt, qui comportera une homélie, un sermon, également proclamé en chaire. Et il demande au Magistrat de mettre fin à cette situation, au plus vite.

Gérard MICHEL
Ancien professeur de Lettres et passionné de paléographie, je partage sur ce blog le fruit de plus de 20 ans de travail autour de documents d'archives.
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