Procès-verbal des aveux d'Ursula
Parmi les dossiers des procès de sorcellerie conservés dans les archives municipales de Rouffach et surtout les archives départementales du Bas-Rhin, celui d'Ursula Ebsteinerin d'Orschwihr, quoique très incomplet, retient l'attention.
C'est le procès d'une gamine, sans doute un peu délurée, à qui on attribue plusieurs aventures, une veuve encore jeune et sans doute jolie, dont les deux premiers maris sont décédés, tous les deux dans des circonstances analogues peu de temps après leur mariage, et que son troisième époux, Lienhardt Beitz accuse d'avoir voulu empoisonner. La lecture de plus d'une centaine de comptes-rendus de procès de sorcellerie nous a appris que la société de cette première moitié du 17ème siècle, nous sommes en automne 1620, voyait d’un très mauvais œil ces femmes « hors normes » et beaucoup d'entre elles, entraînées par les rouages d'une justice implacable, finiront sur le bûcher.
Exécution de Robert Tresilian 1388 (image Wikipedia)
Habituellement, lorsqu’il est question du bourreau dans les documents d’archives c’est en tant qu’exécuteur d’une décision de justice. Dans l’affaire qui nous intéresse dans le présent article, Johann Melchior Günther, désigné tantôt comme exerçant la profession de Wasenmeister, tantôt celle de Scharpfrichter, comparait à la barre d’un tribunal criminel qui l’accuse d’avoir enlevé Anna Maria Ansel. Tout commence par ce qui pourrait passer pour une belle histoire d’amour : deux amoureux, lui veuf, la cinquantaine, elle célibataire, 25 ans. Il a même rencontré le curé pour qu’il bénisse leur union ! Mais la famille de l’élue ne l’entend pas de cette oreille et le fait poursuivre pour rapt...
Dans la Série FF du fonds ancien des archives municipales de Rouffach, sont conservés tous les documents en rapport avec la justice civile et criminelle: chartes anciennes, recueils de coutumes, jugements en matière civile, procès-verbaux d'interrogatoires et jugements en matière criminelle, Urphedes prononcées à la suite de condamnations au bannissement, etc. C'est dans cette série que sont conservées une dizaine de protocoles de procès de sorcellerie, dont certains ont déjà fait l'objet d'articles dans obermundat.org
Nous proposons dans cet article quelques pages extraites d'un procès intenté à Benedict BLANCK, bourgeois d'Orschwihr, convaincu d'assassinat. Voilà comment l'affaire est présentée dans l' Inventaire sommaire des archives communales de Rouffach, série FF:
Extrait d’une sentence rendue en 1618 par le Magistrat contre Benedict BLANCK, convaincu d’assassinat et portant « qu’il fera le tour de l’église ayant le corps nu jusqu’à la ceinture et un sarpe nu à la main et restera durant l’office sous la chaise de prédication, ensuite fera un pèlerinage à Notre Dame des Ermites, où il confessera, puis servira trois ans en Hongrie et ne pourra, sauf grâce expresse du juge supérieur, se tenir dans l’évêché. La dite sentence a ainsi été publiée mais les gens du bailliage en ont protesté, sur quoi la Régence de Saverne a envoyé une étrange décision, savoir que le dit criminel ne sera pas dépouillé de ses habits comme dit est, ni restera devant la chasse de prédication, bien devant l’église, à condition que le magistrat qui est juge criminel ne pourra après donner aucune grâce, mais sera simplement juge ».
L'affaire ne s'est pas terminée avec la condamnation de Benedict Blanck. On en reparlera encore 78 ans après la date du premier document, avec une traduction en français de cette sentence, suivie d’un N.B., le tout signé par DEFERROT, notaire et greffier de la ville de Rouffach, le 18 avril 1696. Pour quelles raisons a-t-on ressorti un dossier après plus de trois quarts de siècles ? Pour l’instant, la question reste sans réponse…
1625 3 G / 5b folio 59 verso:
Les dépenses à l'occasion d'un procès criminel sont toujours scrupuleusement notées par les greffiers et les archives conservent nombre de "Zettels", de notes, celles par exemple délivrées par les aubergistes pour les frais de bouche des juges, l'avoine de leur chevaux ou celles de l'exécuteur des hautes œuvres pour son salaire et celui de ses assistants... Rien n'est omis, les dépenses pour les chandelles des geôliers, leurs repas, pour les cordes, les chaînes, la paille, le bois du bûcher... tout cela sera déduit des biens du supplicié ou de ses héritiers.
L'article qui suit présente un récapitulatif des dépenses occasionnées lors du procès et de l'exécution de deux malfaiteurs, dont nous ignorons les méfaits et qui sont juste nommés par "der schwartzen Schneider und (der) freÿburger Beckh...". Schneider et Beck sont-ils leur patronyme ou leur profession, tailleur et boulanger ? Nous n'en saurons pas plus ...
Le sabbat des sorcières... Hans Baldung Grien
Dans un premier article, intitulé Jacques Strölin der landtstreiffenten Zauberer von Süttigen, un maître sorcier S.D.F.!, nous avons proposé le texte original d'une traduction en français de la sentence d'un procès criminel qui s'était tenu le 7 septembre 1630. À ce procès comparaissaient Jacques Ströhlin, Christina Siger et Christina Eckart, tous trois accusés du crime de sorcellerie.
Jacob STRÖLIN, le sorcier vagabond, natif de Sittingen, également surnommé Grossnass (grand nez) a été arrêté et emprisonné le 24 juin de cette année 1630. Il a fut soumis à une premier interrogatoire puis à un second, après que le bourreau lui eut préalablement infligé la Question. A l'issue de ce second interrogatoire du 9 août 1630, il a avoué ce qui suit:

Gérard MICHEL
Ancien professeur de Lettres et passionné de paléographie, je partage sur ce blog le fruit de plus de 20 ans de travail autour de documents d'archives.
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