Découvrez l'Alsace d'autrefois avec l'histoire de Rouffach, capitale de l'Obermundat.
Nous avons souvent relevé dans ces pages l’omniprésence de l’église dans la vie de l’homme d’antan. Cette présence est perceptible au quotidien, jusque dans les rues et les ruelles de la ville : les sonneries de cloches rythmant la journée appellant à la prière ou aux offices à l’église, et surtout les processions, un rituel majeur à la fin du Moyen-Âge. Les processions se multiplient et prennent une place de plus en plus importante dans la vie civique des villes. Les grandes fêtes religieuses du calendrier ont leur procession, celle des Rameaux, de la Fête Dieu, de l’Assomption, celle des Rogations… les processions des funérailles et celles de la sépulture accompagnent les baptisés défunts. On organise des processions pour demander une grâce particulière, la fin d’une sécheresse persistante ou d’intempéries dévastatrices pour les récoltes, ou pour rendre grâces si le Ciel a répondu aux prières. Les processions des corporations et celles des confréries, confréries de dévotion ou confréries de métier se multiplient également.
Dans le présent article, il sera question d’une procession plus «intime», celle qui accompagne le prêtre portant les sacrements aux malades et aux mourants. Cette procession ne compte que peu de participants mais se doit d’être solennelle puisque le prêtre y porte l’hostie consacrée, le Corps du Christ, pour les chrétiens.
Image ci-dessus: Le peuple écrasé par les privilégiés
« â faut esperer q’eu s’jeu la finira ben tôt. Un païsant portant un Prélat, et un Noble. »
Eau-forte en couleurs, [Paris, 1789]
La France serait championne du monde des taxes et des impôts… Voilà qui n’est pas nouveau… Mais cette fois encore, on ne dira pas que c’était mieux avant ! Nicolas Chamfort, rapporte en 1794 dans ses Caractères et anecdotes les propos d’un de ses contemporains, parlant du peuple français : « un peuple serf, corvéable, taillable à merci et miséricorde »
L’objet du présent article est précisément la taille, un impôt ancien, le nom est attesté dans la première moitié du 14ème siècle en Alsace, mais surtout l’impôt le plus impopulaire à cause surtout de son montant très arbitraire. Dire que le serf est taillable signifie qu’il est soumis à l’impôt de la taille, comme corvéable signifie qu’il est assujetti à la corvée seigneuriale, au bon vouloir, à la merci, du seigneur.
Dans le monde germanique, la taille est das ou der Gewerf(f) [1] et le collecteur de la taille est der Gewerfer.
Ci-dessus, le portail de la collégiale Saint Thiébaut de Thann
Jean-Michel VOGELGSANG, prêtre rouffachois, est l’auteur d’un Journal dans lequel il témoigne des événements qu’il a observés dans sa ville tout au long des années de Terreur. Prêtre réfractaire ou non-jureur, à la Constitution civile du Clergé, promulguée en juillet 1790, Jean-Michel Vogelgsang est contraint à la clandestinité : la vie d’un prêtre réfractaire, s’il est dénoncé et retrouvé, se termine souvent sur l’échafaud. Dès lors, il vivra caché, fuyant d’une maison amie à une autre, ou terré dans la maison familiale, dans l’actuelle rue Poincaré, caché sous le plancher du grenier. Il poursuivra cependant son ministère, visitant les malades et administrant les mourants, se déguisant parfois en femme pour ne pas être repéré…
Les fenêtres gothiques de la galerie, côté promenade des Remparts.
Le document proposé dans cet article est tiré d’un registre des archives municipales de Rouffach, conservé sous la cote A.M.R. AA 3.
Ce registre est un recueil des droits, règlements, usages et coutumes de la ville de Rouffach, recopiés les uns à la suite des autres, sans plan particulier et sans respect de la chronologie, daté de 1343 pour le plus ancien et de 1517 pour le plus récent.
Il s’agit d’un ensemble de documents d’une importance considérable pour l’histoire des institutions de la fin du Moyen-Âge à Rouffach.
Le document choisi détaille l’ensemble des droits, usages et obligations réciproques de la ville et de l’abbesse d’Eschau, propriétaire d'une importante Cour, à Rouffach, depuis le VIIIème siècle.
Vue de la Ville de Rouffach, ses tours et ses remparts au 17ème siècle
Détail de La sainte Famille au Repos Musée Unterlinden Colmar
La démolition des tours et des portes de la ville exigée avec insistance par le préfet Desportes, le « démolisseur des Portes », dans une série de courriers adressés au citoyen Maire de Rouffach, entre juillet 1803 et décembre 1804, débutera finalement en janvier 1809 et durera 6 semaines.
Celle de la double rangée de remparts qui entouraient la Ville se fera dans le même temps, toujours sous le contrôle du même préfet.
Comme pour les portes et les tours, les raisons invoquées pour cette démolition par le cahier des charges présenté le 8 janvier 1808, étaient « de donner une uniformité de hauteur,… plus d’aspect et plus d’air à la ville… ». Les murs extérieurs, selon le même cahier de charges, « seront abattus jusqu’à la hauteur de 32 centimètres (un pied) d’élévation au-dessus de la terre…».

Gérard MICHEL
Ancien professeur de Lettres et passionné de paléographie, je partage sur ce blog le fruit de plus de 20 ans de travail autour de documents d'archives.
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