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Heimliche Kammer ???

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Catégorie: Quotidien
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  • Heimliche Kammer

un chevalier de l'Ordre teutonique dans les latrines de la commanderie de Suntheim, au-dessus de l'Ombach. Reconstitution graphique contemporaine. ChatGpt sept.2026

 

Heimliches Ort, Heimliche Kammer, lieu d’aisance, cabinet d’aisance, latrines, commodités, garde-robe, petit coin, cabinet, tinette, toilettes, sanitaires, chiottes, gogues…

... quand les chevaliers de l'ordre teutonique de Suntheim allaient aux toilettes…

Les chroniqueurs médiévaux nous parlent volontiers des batailles, des fondations pieuses, des privilèges et des hauts faits des chevaliers. Mais ils sont beaucoup plus discrets sur une question pourtant essentielle : où allaient-ils satisfaire leurs besoins naturels ?

Les chevaliers de l’Ordre teutonique n’échappaient évidemment pas à cette nécessité très humaine. À Rouffach, leur commanderie semble même nous avoir laissé quelques indices particulièrement savoureux : des latrines aménagées au-dessus de l’Ombach, permettant aux nécessités de la vie quotidienne de suivre… directement le cours de la rivière. Un aménagement devenu source de discorde avec les autorités de la Ville de Rouffach...

L’anecdote prête à sourire, mais elle nous renseigne aussi sur l’architecture et la vie quotidienne d’une commanderie médiévale. Car l’histoire des monuments et des institutions ne s’arrête pas aux chapelles et aux salles capitulaires : elle doit parfois savoir regarder… sous les latrines.

 

Gerhard von Hirzberg, maître de l'Ordre teutonique en Allemagne, et le conseil de Rouffach règlent un différend concernant l'établissement de l'Ordre à Suntheim

21 janvier 1278

Au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Nous, le conseil et la communauté de Rouffach, en Alsace, faisons savoir à tous ceux qui voient cette lettre ou qui l'entendent lire, les choses qui doivent demeurer établies, afin qu'elles soient portées à la connaissance de tous ceux qui viendront après eux, par le témoignage véritable et certain de cet écrit et de personnes dignes de foi.

Que tous ceux qui voient cette lettre ou qui l'entendent lire sachent donc qu'une querelle et une dissension existaient entre le vénérable homme religieux, frère Gerhard de Hirzberg, maître des frères de l'Ordre de la Maison allemande dans les pays d'Allemagne, ainsi que son frère du même Ordre établi à Sontheim, d'une part, et nous, d'autre part, au sujet de certains actes répréhensibles et injustes que nous avions commis envers le maître susdit et son frère.

Cette querelle et cette dissension, nées des torts que nous avions commis, ainsi que des dépenses que le maître et son frère avaient dû engager, ont été pacifiquement réglées entre eux et nous, grâce au conseil de notre vénérable seigneur, par la grâce de Dieu évêque de Strasbourg, Conrad, et d'autres hommes sages, selon la forme qui suit :

Voici ce qui a été convenu :

Nous renonçons à tous les droits que nous avions ou que nous pensions avoir sur les lieux appartenant à la maison de Sontheim et aux maîtres et frères qui en dépendent, et notamment :

  • sur la chambre d'aisance (heimliche Kammer) qui se trouve au-dessus de l'Ombach ;
  • sur le chemin qui y conduit ;
  • sur les murs et les clôtures qui se trouvent dans ce passage, à côté de l'eau de l'Ombach ;
  • et sur l'espace allant de cette chambre d'aisance jusqu'au moulin supérieur des frères de la Maison allemande de Sontheim.

Nous reconnaissons que nous n'avons désormais aucun droit sur ces lieux, ni pour y pêcher, ni pour en prendre et en emporter le Mursandt  (le sable de rivière pour la maçonnerie) qui pourrait s'y déposer.

Au contraire, les frères susdits pourront en disposer pour leur propre usage, notamment pour réparer les murs et la toiture et les maintenir en bon état.

De même, pour tout ce qu'ils ont construit dans la cour où ils résident, que ce soit avec des murs, des clôtures ou d'autres ouvrages, nous y renonçons de bon gré et volontairement, par la présente lettre, avec l'entière approbation de notre seigneur l'évêque susdit.

La Lobgasse

En contrepartie, nous donnons au maître et aux frères susdits la rue appelée Lobgasse, avec tous les droits qui y sont attachés, en compensation des dépenses et du travail qu'ils ont dû supporter à cause de la dissension susmentionnée, avec l'accord de notre seigneur l'évêque de Strasbourg.

Et nous promettons au maître et aux frères, pour nous-mêmes, nos héritiers et nos successeurs, que désormais nous ne formulerons aucune revendication sur cette rue ni sur les autres lieux mentionnés ci-dessus, et que nous n'y entreprendrons aucun ouvrage, ni par construction, ni par quelque autre intervention.

Nous reconnaissons également que les lieux susmentionnés doivent leur appartenir, à eux, pour nous-mêmes et pour tous ceux qui relèvent de la juridiction de Rouffach, et qu'ils doivent pouvoir jouir légitimement de l'usage de l'Allmende [des biens communaux].

L'acte

Et en témoignage durable que tout cela a bien été fait, nous avons remis au maître et à ses frères la présente lettre, munie du sceau de notre seigneur l'évêque susdit et de celui de notre communauté.

Ont été témoins des faits susmentionnés les honorables chevaliers :

  • seigneur Andreas ;
  • seigneur Cune de Laubgass ;
  • seigneur Simond de Meyenheim ;
  • seigneur Conrad Schedler ;

et les honorables bourgeois : [...]

Conrad le greffier et d'autres personnes honorables auxquelles on doit légitimement accorder foi.

Et nous, Conrad, par la grâce de Dieu évêque de Strasbourg, étions présents à ce règlement amiable et avons donné à tous notre accord et notre autorité pour l'accomplissement des choses susdites ; nous les avons confirmées par notre sceau, en témoignage perpétuel.

Ceci fut rédigé l'année de la naissance de Notre Seigneur, mille deux cent soixante-dix-huit, le jour de sainte Agnès.

 

Notes de l'édition

Note Le 29 janvier 1560, cet accord fut annulé : le commandeur Theobald von Ramschwag, en échange d'une indemnité, renonça à tous les privilèges, à l'exception du droit de prendre du sable pour son propre usage.
St.-A. R., D. D. 1.

NoteHeimliche Kammer : latrine, lieu d'aisance (Abort).

 

Le lecteur voudra bien pardonner la trivialité du propos de cet article, mais je n'ai pas pu résister ...

Gérard Michel, avec la complicité de l'I.A. 

 

Article publié le 24 septembre 2026 par Gérard MICHEL.

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L'auteur

Gérard MICHEL

Ancien professeur de Lettres et passionné de paléographie, je partage sur ce blog le fruit de plus de 20 ans de travail autour de documents d'archives.

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