Découvrez l'Alsace d'autrefois avec l'histoire de Rouffach, capitale de l'Obermundat.
Exécution de Robert Tresilian 1388 (image Wikipedia)
Habituellement, lorsqu’il est question du bourreau dans les documents d’archives c’est en tant qu’exécuteur d’une décision de justice. Dans l’affaire qui nous intéresse dans le présent article, Johann Melchior Günther, désigné tantôt comme exerçant la profession de Wasenmeister, tantôt celle de Scharpfrichter, comparait à la barre d’un tribunal criminel qui l’accuse d’avoir enlevé Anna Maria Ansel. Tout commence par ce qui pourrait passer pour une belle histoire d’amour : deux amoureux, lui veuf, la cinquantaine, elle célibataire, 25 ans. Il a même rencontré le curé pour qu’il bénisse leur union ! Mais la famille de l’élue ne l’entend pas de cette oreille et le fait poursuivre pour rapt...
Vue de la Ville en 1548 par Sebastian MÜNSTER
Les archives de la Ville de Rouffach conservent dans leurs réserves de nombreux règlements dont le but était de fixer les droits et les coutumes souvent transmis par l'usage et qui prennent alors force de lois. Ce sont des documents très riches et du plus grand intérêt pour l'historien: ils lui permettent de pénétrer dans la vie quotidienne des hommes et des femmes du passé et d'en découvrir les multiples aspects.
Le registre A / AA 3 des A.M.R. contient l'un des règlements les plus anciens, daté en partie du XVème siècle, intitulé Der Statt von Rufach recht und gewonheit, Droits et usages de la Ville de Rouffach. Il est composé de plusieurs items:
- Item, des ersten, wenne kryege in dem Lande ist, wie man die Tore und Ringkmur versorgen sol
- Darnach von des gerichtes gewonheit
- So denn der Stetterecht am zwölften tag
- Darnach unser Frowen und der Stette recht und gewonheit gegen der Eptissin von Eschowe
- Darnach der alte Spital
- Der Nuwe Spittel
- Darnach ein Kilwartz recht
- Darnach der Tumherren hof von Straßburg
Dans le présent article, nous nous intéresserons au premier item, Comment doivent être gardées portes et murailles en temps de guerre, dont je propose une traduction accompagnée de la transcription du texte original, avec, pour finir quelques commentaires et pistes de réflexion.
Aux femmes et hommes de notre temps, cette vue de Westhalten évoque un beau panorama, associé à des possibilités de promenade et de découvertes botaniques, œnologiques et autres. Nos aïeux - pas si éloignés dans le temps - avaient une toute autre représentation mentale de leur environnement. Là où nous ne voyons qu’une mosaïque charmante de vignes, de pierriers et de haies, eux savaient le nom de chaque terrain et de chaque chemin. Ils en connaissaient les sols et climats, les dangers réels ou imaginaires, les interdits et les frontières pour nous imperceptibles. Ces dernières étaient fondamentales dans une région aussi peuplée et aussi riche que la nôtre. En raison de la densité de l’habitat, elles ne suivaient pas toujours les limites naturelles comme les cours d’eau, il fallait souvent couper à travers champs ou forêts. Aussi leur tracé complexe, fruit de siècles de combats et négociations, devait-il être ponctué par des monuments inviolables, les pierres-bornes. Elles sont bien plus que de simples marqueurs topographiques, comme le montrent les plus anciennes bornes de délimitation du ban communal de Rouffach.
Bien visible à l’angle Sud-ouest de l’église Notre-Dame de l’Assomption de Rouffach, la méridienne Adam est un dispositif gnomonique qui a sans doute intrigué plus d’un passant, avec sa courbe en 8 graduée selon les mois de l’année. Lorsqu’il y a du soleil, l’ombre d’un disque percé en son centre nous donne la date courante à 13 heures 31 (ou 12 h 31 en hiver) !
Mais quelle peut bien être l’utilité d’un tel cadran solaire qui par beau temps, ne donne l’heure qu’une fois par jour ? Et si les rouffachois sont fiers de leur jolie méridienne, les habitants de Gueberschwihr ne le sont pas moins de la leur…. ont-ils remarqué, les uns et les autres, que l’on en trouve un autre exemplaire, sortie du même atelier sur un contrefort de la collégiale Saint-Martin de Colmar ?
L’horloger colmarien Urbain Adam les fabriquait en série. Il en posait une sur le mur de l’église chaque fois qu’il installait un mécanisme d’horlogerie dans un clocher. La méridienne servait à contrôler le bon fonctionnement de la grande horloge et aussi à la remettre à l’heure si d’aventure elle s’était déréglée.
Dans la Série FF du fonds ancien des archives municipales de Rouffach, sont conservés tous les documents en rapport avec la justice civile et criminelle: chartes anciennes, recueils de coutumes, jugements en matière civile, procès-verbaux d'interrogatoires et jugements en matière criminelle, Urphedes prononcées à la suite de condamnations au bannissement, etc. C'est dans cette série que sont conservées une dizaine de protocoles de procès de sorcellerie, dont certains ont déjà fait l'objet d'articles dans obermundat.org
Nous proposons dans cet article quelques pages extraites d'un procès intenté à Benedict BLANCK, bourgeois d'Orschwihr, convaincu d'assassinat. Voilà comment l'affaire est présentée dans l' Inventaire sommaire des archives communales de Rouffach, série FF:
Extrait d’une sentence rendue en 1618 par le Magistrat contre Benedict BLANCK, convaincu d’assassinat et portant « qu’il fera le tour de l’église ayant le corps nu jusqu’à la ceinture et un sarpe nu à la main et restera durant l’office sous la chaise de prédication, ensuite fera un pèlerinage à Notre Dame des Ermites, où il confessera, puis servira trois ans en Hongrie et ne pourra, sauf grâce expresse du juge supérieur, se tenir dans l’évêché. La dite sentence a ainsi été publiée mais les gens du bailliage en ont protesté, sur quoi la Régence de Saverne a envoyé une étrange décision, savoir que le dit criminel ne sera pas dépouillé de ses habits comme dit est, ni restera devant la chasse de prédication, bien devant l’église, à condition que le magistrat qui est juge criminel ne pourra après donner aucune grâce, mais sera simplement juge ».
L'affaire ne s'est pas terminée avec la condamnation de Benedict Blanck. On en reparlera encore 78 ans après la date du premier document, avec une traduction en français de cette sentence, suivie d’un N.B., le tout signé par DEFERROT, notaire et greffier de la ville de Rouffach, le 18 avril 1696. Pour quelles raisons a-t-on ressorti un dossier après plus de trois quarts de siècles ? Pour l’instant, la question reste sans réponse…

Gérard MICHEL
Ancien professeur de Lettres et passionné de paléographie, je partage sur ce blog le fruit de plus de 20 ans de travail autour de documents d'archives.
Cette page contient des liens vers des outils et sites partenaires autour de la paléographie, l'histoire et l'Alsace.
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