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L' "Après Guerre de Trente Ans " (1618-1648) à Rouffach

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Catégorie: Quotidien
  • suédois
  • guerre de Trente Ans
  • Jacques Callot

Jacques Callot (1592- 1635):  Les Grandes misères de la guerre


Entre paix et insécurité : Rouffach et l’Obermundat face aux menaces militaires en 1654

Au lendemain des traités de Westphalie de 1648, l’Alsace ne retrouve pas immédiatement la tranquillité. Si la guerre de Trente Ans est officiellement terminée, la présence persistante de troupes, les difficultés de démobilisation et les tensions politiques dans le Rhin supérieur entretiennent un climat d’incertitude. Les territoires ecclésiastiques, et notamment ceux du chapitre cathédral de Strasbourg, demeurent particulièrement exposés.

Le document conservé aux Archives municipales de Rouffach (A.M.R. EE 1/3), daté du 3 janvier 1654 et rédigé à Saverne par le Grand Chapitre de la cathédrale de Strasbourg, illustre cette situation fragile. Répondant au rapport alarmant fait par le Magistrat de Rouffach, les autorités capitulaires évoquent les « tractations de Bâle », les risques de mouvements de troupes et la nécessité de maintenir une petite garnison malgré le manque d’hommes disponibles.

Cette correspondance administrative permet d’observer concrètement les préoccupations des autorités locales dans les années qui suivent la guerre : circulation des nouvelles, crainte des « excès militaires », financement des garnisons et défense des droits des états immédiats du Saint-Empire [1]. Elle montre aussi combien la paix de Westphalie reste, dans les réalités quotidiennes de l’Alsace des années 1650, une paix encore incomplète et précaire.

Les archives municipales de Rouffach n'ont pas conservé de copie de la lettre envoyée par le Magistrat en décembre 1653, mais la réponse du Grand Chapitre permet d'en deviner aisément les termes...

Transcription du document original

A.M.R. EE 1 3   Saverne, le 3 janvier 1654

... deren hohen Stifft Straßburg verordnete Canzler und Räth

Unsern günstigen Grueß zuvor, Ehrenveste, Vorgeachte, auch Ersambe sonders lieb und guthe Freündt

Wir haben auβ euerem vom letsten December negsterwichenem Jahrs

aussführlichen Berichtsschreiben nach der länge vernomben, was Ihr in

den benachbarthen orthen hin und her für allerhanden Avisen

ein gebracht, auch zu was gefährlichem Standt sich die Sachen, wa

anderster beÿdte Partheÿen durch die zu Baasel fortgehende

Tractaten in der güthen nit sollten verglichen werden, dahero zugleich

umb was Mannschafft von 20 bis 30 Soldaten aus der Guarnison

Dachstein, samt Mittel zu erkauffung Provision zue was

eiderer versicherung begehren thut.

Wie nun wir wegen der Euch vor augen stehenden gefahr nit un-

billiches mitleiden tragen, iedoch nit hofen wollen, dass angezogenen

truppen sich in einigerleÿ weis oder weeg gegen den hohen Stifft

als einem unmittelbaren Standt des Reichs feindlich erzeigen,

oder die undergebene in ihrer durch den allgemeinen Reichs-

publicirten Friedenschluss erhaltenen Possession inquitiren

werden. So haben wir nichts desto weniger zue

mehrer ewerer  Verwahrung zu mahlen auch abwendung

ander werthen mehreren besagten militarischen excessen selbsten

für ein hohe Nothurfft erachtet, dass man sich der orthen mit was

wenigs geworbene Mannschafft gefasst halte. Wann

aber über jüngst beschehene abdankhung der new geworbenen

völkher, nach Inhalt letst angekündter monatlichen newen

Contribution, man von denen zue Dachstein in der Guarnison

…

underhaltenen 40 Mann, soviel mehr entblösung selbigen

Postens nit ermanglen khan. Als bewilligen wir ahne

statt dessen hiermit, dass ihr die iüngst Euch angekhündte

monatliche 145 R. bis man sihet wie sich die gefahr weithers

anmasst, verwendten, und wie gemelt, so weith Ihr darmit

gelangen khönnen mit ewerm gewehr und Mannschafft gefasst

machen mögen, wie dan ihr für dissmahl einiges andere

Mittel, Euch anderwerths under die arme zugreifen, [2]  nit beÿ

der Stifft mithin aber werden Ihr Euch dem gedachten

Friedenschluss gemäß, gegen aller seiths Partheÿen und Anstöss

zu regulieren, und wan euch was deme  entgegen, wider

verhoffen zugemuthet werden wollte, so wohl beÿ uns fernern

bescheidts zu erholen als die praetendenten selbsten ahn uns

umb sovil zu weisen Mithin aber mit denen Beambten guthe

Correspondentz zu pflegen wissen. In dessen gäntzlicher ver-

losung bleiben Euch mit gnädigstem willen wohl beÿ gethan

Elsas Zabern den 3. Januarÿ 1654


Traduction  (I.A. révisée par G.M.):

Au préalable, recevez nos bienveillantes salutations, honorables, prudents et également respectables amis particulièrement chers et bons.

Nous avons appris en détail, par votre rapport écrit du dernier décembre de l’année écoulée, quelles sortes de nouvelles et d’avis vous avez recueillis çà et là dans les lieux voisins, ainsi que dans quelle situation dangereuse se trouvent les affaires, si toutefois les deux parties ne devaient pas parvenir à un bon accord par les négociations actuellement poursuivies à Bâle. C’est pourquoi vous demandez en même temps une troupe de vingt à trente soldats de la garnison de Dachstein, ainsi que des fonds pour acheter les provisions nécessaires à une meilleure sécurité.

Or, bien que nous prenions part avec compassion au danger qui vous menace, nous ne voulons cependant pas espérer que les troupes mentionnées se comportent de quelque manière ou façon hostile envers le Grand Chapitre, en tant qu’État immédiat de l’Empire, ou qu’elles inquiètent les sujets dans la possession qui leur a été garantie par la conclusion générale de paix publiée dans l’Empire.

Néanmoins, afin d’assurer davantage votre protection et aussi de prévenir d’autres excès militaires plus graves, nous avons nous-mêmes jugé d’une grande nécessité qu’on se tienne prêt sur place avec quelque peu de troupes recrutées.

Mais comme, après le récent licenciement des nouvelles troupes levées, conformément à la nouvelle contribution mensuelle annoncée le mois dernier, on ne peut guère retirer d’hommes de la garnison de Dachstein parmi les quarante qui y sont entretenus, sans trop dégarnir cette position, nous consentons donc par la présente à ce que vous employiez les 145 Reichsthaler mensuels récemment annoncés, jusqu’à ce qu’on voie comment le danger évoluera par la suite, et que  vous puissiez, avec cette somme, vous mettre en état de défense avec les armes et les hommes dont vous disposez.

Car pour le moment nous ne disposons d’aucun autre moyen pour vous venir davantage en aide du côté du Chapitre.

Entre-temps, vous devrez vous conformer audit traité de paix envers toutes les parties et voisins, et si, contre toute attente, quelque chose devait vous être imposé ou entrepris contre vous, vous devrez non seulement venir chercher auprès de nous une décision supplémentaire, mais également renvoyer les prétendants eux-mêmes vers nous à ce sujet. De plus vous ferez en sorte d’entretenir une bonne correspondance avec les officiers.

Dans cette entière confiance, nous vous demeurons très favorablement disposés.

Alsace, Saverne, le 3 janvier 1654.

 

Ce document de janvier 1654 offre un témoignage particulièrement révélateur de la situation de l’Alsace dans les premières années de l’après-guerre. Derrière le langage administratif et diplomatique apparaissent les inquiétudes très concrètes des autorités locales : peur des passages de troupes, difficultés de protection des populations et poids financier de la sécurité militaire.

Pour les habitants de Rouffach et de l’Obermundat, la paix demeure fragile, suspendue à l’évolution des rapports de force militaires et aux décisions prises dans les centres diplomatiques du Rhin supérieur.

Par son contenu, cette lettre illustre ainsi une période de transition où les structures politiques du Saint-Empire cherchent encore à préserver leurs droits et leur autonomie face aux recompositions territoriales et militaires de l’Europe d’après-Westphalie. Elle permet enfin de mieux comprendre le quotidien d’une petite ville alsacienne confrontée, plusieurs années après la fin officielle du conflit, à une insécurité toujours bien réelle

Le chapitre insiste sur son statut l’état immédiat d’Empire (« unmittelbarer Standt des Reichs »), c’est-à-dire relevant directement de l’Empereur du Saint-Empire romain germanique. Cette « immédiateté d’Empire » devrait rappeler aux troupes étrangères ou alliées qu’elles ne devraient pas agir hostilement contre ses terres.

Notes:

[1] L’immédiateté est le statut selon lequel des corps constitués, des personnes ou des biens, et par conséquent des territoires relèvent directement de l’autorité de l’Empire ou de l’empereur, sans passer par l’intermédiaire d’un autre pouvoir. L’indépendance qui en découle se traduit par un dialogue direct avec le souverain, qui est la source unique et le garant de leurs droits et par leur reconnaissance en qualité de membres de l’Empire.  (D.H.I.A. Georges Bischoff)

[2] jemanden unter die Arme greifen : aider, soutenir, donner un coup de main

Article publié le 15 juillet 2026 par Gérard MICHEL.

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L'auteur

Gérard MICHEL

Ancien professeur de Lettres et passionné de paléographie, je partage sur ce blog le fruit de plus de 20 ans de travail autour de documents d'archives.

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