Vue générale des Récollets Walter 1906
Das Minoritenkloster zu St. Katharina in Rufach (1906)
de Theobald Walter
Je me suis fixé, comme devoir de vacances, un projet qui me tenait à cœur : transcrire puis traduire en français le remarquable opuscule que Theobald Walter consacra en 1906 au couvent des Franciscains (les Récollets) de Rouffach.
Cet ouvrage, devenu difficile d'accès, demeure une référence majeure pour l'histoire de ce site. S'appuyant sur l'ensemble des sources alors connues, il retrace avec une remarquable précision la vie quotidienne des religieux, leurs relations parfois houleuses avec la paroisse, mais aussi l'histoire du Schauenberg, les épreuves de la guerre de Trente Ans et les événements dramatiques de la Révolution française qui entraînèrent la disparition de la communauté et la vente du couvent.
Plus d'un siècle après sa publication, ce travail impressionne toujours par la qualité de son érudition, la richesse de sa documentation et l'élégance de son écriture. C'est un ouvrage qui se lit avec un réel plaisir ...
à condition, bien sûr, de maîtriser l'allemand...
Au fil des prochaines semaines, je partagerai quelques extraits de cette traduction. Ils permettront de découvrir ou redécouvrir ce texte fondamental pour l'histoire de Rouffach et de mesurer combien une nouvelle édition, comprenant la transcription diplomatique du texte allemand, la traduction française en regard, des notes explicatives et une introduction historique, constituerait, à ma connaissance, la première réédition moderne de ce travail fondamental. Je suis convaincu qu'elle rendrait un réel service à tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de Rouffach et de l'Obermundat.
Voici, en avant-goût, un premier extrait de quatre pages, traduit en français avec l’aimable complicité de l’I.A. ChatGPT:
Heurs et malheurs du couvent des Franciscains de Rouffach…
page 28 …Vers la fin du XVe siècle, les Franciscains entrèrent en conflit avec le clergé de l'église paroissiale, qui leur contestait le droit d'entendre les confessions des paroissiens.
Ce conflit n'avait rien de nouveau. Dès 1237, le pape Grégoire IX avait expressément autorisé les Frères Mineurs non seulement à prêcher, mais aussi à entendre les confessions, preuve que l'on avait déjà tenté, à cette époque, de leur retirer ce droit.
Dans la constitution Super cathedram, promulguée en 1300, le pape Boniface VIII restreignit de nouveau cette liberté : les Franciscains ne pourraient désormais prêcher qu'en dehors des heures des offices paroissiaux et n'entendre les confessions qu'avec une autorisation spéciale de l'évêque. Son successeur, Benoît XI, abrogea cependant cette constitution. En somme, ce conflit était presque aussi ancien que l'ordre franciscain lui-même.
Par une charte datée du 4 mai 1431, l'évêque de Bâle accorda au couvent de Rouffach l'autorisation : « de prêcher librement la parole de Dieu dans la ville de Rouffach et dans notre diocèse de Bâle, de solliciter des aumônes dans vos églises, d'entendre les confessions de tous ceux qui souhaiteront se confesser à eux, de leur imposer une pénitence salutaire et de leur donner l'absolution dans le for de la pénitence. »
Si le conflit éclata de nouveau à la fin du XVe siècle, c'est en raison des circonstances particulières qui régnaient alors dans l'église paroissiale de Rouffach.
À l'origine, la charge de desservir l'église paroissiale appartenait aux religieuses du monastère d'Eschau. Mais lorsque la discipline monastique se relâcha dans cette communauté, cette dignité, ainsi que les revenus qui y étaient attachés, passèrent au curé de Rouffach, Wernher Luff. Celui-ci résidait à Rouffach, tout en employant un pléban (vicaire paroissial) pour assurer le service pastoral.
Page 29 Après la mort de Wernher Luff, en 1493, la charge de recteur de la paroisse passa entre les mains de bénéficiers inconnus du diocèse de Bâle, davantage préoccupés par les revenus de leur bénéfice que par l'exercice du ministère.
Les revenus du bénéfice allaient dans des poches étrangères, tandis que le véritable ouvrier de la vigne du Seigneur, c'est-à-dire le pléban ou vicaire, vivait dans la pauvreté et manquait même du nécessaire.
Il en résulta une succession continuelle de prêtres desservant l'église paroissiale.
L'année de la mort de Luff, Henricus Capler apparaît comme vicaire. En 1495, le vicariat est détenu par le prieur bénédictin Sanzetti, en 1496, c'est Friedrich Weissensteiner qui en est titulaire, enfin, en 1497, Gabriel Hochstetter occupe la fonction de prêtre desservant.
Dans de telles circonstances, il est facile de comprendre que les habitants de la ville avaient perdu confiance dans leur église paroissiale et ont recherché l'assistance spirituelle auprès de la célèbre communauté des Franciscains.
C'est pourquoi, en 1497, plusieurs membres du clergé paroissial portèrent plainte auprès de l'évêque, affirmant que les paroissiens allaient, sans autorisation, se confesser chez les moines au lieu de s'adresser à leurs propres prêtres.
Lors de la réunion des deux parties, tenue le 12 avril devant le vicaire général Fischer, à Bâle, il fut décidé que les fidèles étaient libres de se confesser où ils le souhaitaient. Ils devaient toutefois informer leur curé légitime qu'ils avaient accompli leur confession pascale.
Pour la période de ce que l'on appelle la Réforme religieuse, les renseignements sont peu nombreux.
En 1518, la Reitbruderschaft décida qu'à perpétuité deux Franciscains célébreraient, deux fois par semaine, une messe dans l'église paroissiale, pour les membres défunts de cette confrérie. En contrepartie, ils recevraient chaque année une aumône de 5 livres et 6 schillings Stebler.
La Réforme trouva également de nombreux partisans dans la ville épiscopale de Rouffach, principalement en raison des abus déjà signalés dans l'administration de l'église paroissiale.
Vers 1500, le rectorat était détenu par le chanoine bâlois Cornelius de Lichtenfels, qui ne vint jamais à Rouffach, mais qui gérait les revenus du bénéfice d'une manière véritablement scandaleuse.
Les revenus de l'église de Rouffach s'écoulaient partout... sauf là où ils auraient naturellement dû aller, c'est-à-dire au bénéfice du pléban chargé du service paroissial.
page 30 Le renouvellement continuel des titulaires de la cure en est déjà la preuve. On trouve successivement :
- 1502 : Johann Glaser ;
- 1503 : Patritius Symler ;
- 1505 : Nicolaus Galfinger ;
- 1508 : Matthäus Carnifex ;
- 1511 : Johannes Kegler ;
- 1512 : Maître Johann Weißhor ;
- 1518 : Lienhard Wagner ;
- 1520 : Theobald Dachstein ;
- 1525 : Hans Lehelin.
Ce dernier fut arrêté en 1527 par l'évêque de Bâle, sous l'accusation de sympathies luthériennes, et emprisonné. Il ne reçut jamais de successeur. Le chapelain Jerg assura dès lors le service de la paroisse en plus de ses autres fonctions.
Pendant ces temps troublés, les Franciscains, en revanche, demeurèrent fidèles à leur mission. Bien que le conflit avec les Valentiniens, c'est-à-dire les bénédictins du prieuré Saint-Valentin, occupât une grande partie de leurs préoccupations, ils se montrèrent également, dans la paroisse délaissée, de courageux défenseurs de la foi traditionnelle, même lorsqu'ils ne pouvaient plus compter sur l'appui des autorités civiles.
Le dimanche de Laetare (1530), le prédicateur franciscain déclara du haut de la chaire, devant toute l'assemblée, qu'il existait dans la ville des prédicateurs clandestins (Winkelprediger) qui devaient disparaître.
Le lendemain, 28 mars, les maîtres des corporations se rendirent auprès du bailli de l'Isenbourg, Jakob Nagel von der alten Schönstein, pour lui exposer l'affaire.
Celui-ci leur répondit : « Je ne veux pas me brûler les mains. Car quelqu'un m'a dit que, si je faisais arrêter un seul homme, je trouverais bientôt deux cents personnes devant le château. »
Le mardi suivant, ils s'adressèrent donc au Schultheiss et au Conseil de la ville, mais sans davantage de succès.
Du reste, la ville comme l'église continuèrent à soutenir le couvent.
Un registre de la Ville de 1530 rapporte : « Il est d'usage et de coutume dans la ville de Rouffach que, lorsque le provincial de l'ordre des Franciscains vient ici, le Conseil lui offre un présent, prend son repas avec lui, et cela s'est également fait cette année. »
Les comptes de l'église de 1532 enregistrent notamment les dépenses suivantes : « Dépensé pour les Franciscains, dans leur couvent, pour des harengs : 5 livres 8 schillings. De plus, donné aux Franciscains pour des harengs : 5 schillings. »
La pénurie de prêtres séculiers qui suivit la Réforme, ainsi que les incessantes épidémies de peste dans la ville et dans les campagnes entraînèrent peu à peu, partout, le dépeuplement des couvents.
page 31 Le couvent franciscain de Colmar avait déjà disparu en 1541, décimé par la peste. Celui de Rouffach put subsister plus longtemps grâce au soutien de la ville, mais son heure allait bientôt sonner.
Lors du chapitre provincial tenu le 7 mai 1563 à Söflingen, près d'Ulm, il fut décidé de supprimer le couvent de Rouffach, qui n'était plus occupé que par le père Ambroise et un frère malade, Jacob. Le malade devait être transféré, avec les réserves restantes de vin et de céréales, au couvent de Kaysersberg. Quant aux bâtiments, ils devaient être placés sous la protection de l'évêque de Strasbourg.
L'évêque en informa son administrateur à Rouffach. Celui-ci se heurta cependant à l'opposition des deux religieux. Ces derniers déclarèrent n'avoir reçu aucune instruction de leurs supérieurs et refusèrent catégoriquement de quitter le couvent. L'agent épiscopal n'en tint pas compte. Tout le mobilier fut inventorié et les deux religieux furent consignés dans le couvent. Pour célébrer les offices, on ne leur laissa qu'une seule chasuble et un calice.
Ce n'est qu'après leur protestation que l'évêque leva cette mesure de séquestre, tout en maintenant sous clé tous les objets de valeur. Peu après, les deux religieux semblent néanmoins avoir quitté les lieux. En effet, le jour de la Conversion de saint Paul, le 25 janvier 1564, l'épouse du bailli Morand d'Andlau demanda à obtenir le jardin du couvent, « parce qu'il y poussait de nombreuses bonnes herbes odoriférantes propres à être brûlées ; elle souhaitait les faire brûler pour le réconfort des pauvres gens. »
Cependant, l'ordre franciscain eut beaucoup de peine à abandonner un patrimoine aussi ancien. On chercha donc une nouvelle communauté.
Dès la fête de la Décollation de saint Jean-Baptiste (29 août), les gardiens des couvents de Saverne et de Fribourg purent informer l'évêque qu'« un certain Barthélemy Hertel avait été envoyé comme gardien [1] à Rouffach avec plusieurs frères afin de repeupler le couvent. »
page 32 Mais les nouveaux locataires du couvent étaient bien loin de connaître le sort qu'ils espéraient : si l'évêque ne leur avait pas très généreusement fourni du grain, ils seraient probablement morts de faim… Et lorsque les rudes tempêtes d'automne s'abattirent sur le pays, un incendie vint encore aggraver leur détresse en réduisant en cendres les principaux bâtiments du couvent.
¹ On brûlait des herbes aromatiques, surtout pendant les épidémies de peste, afin de désinfecter les habitations.
Menacés tout à la fois par le froid et par la famine, ces malheureux serviteurs de Dieu s'adressèrent avec supplication à leur protecteur, l'évêque de Strasbourg. Celui-ci demanda aussitôt un rapport détaillé sur l'état du couvent et de ses habitants.
D'après ce mémoire rédigé par l'Amtsschaffner Mathis Schultheiß, il ne subsistait plus du couvent « que l'aile antérieure. La salle capitulaire (Capitellhaus), de même que le Binderhus, situé le long du cloître, à côté de la sacristie, du côté de la porte de la ville, où se trouvaient groupées les principales cellules, étaient demeurés intacts. »
Les frères auraient volontiers fait reconstruire la salle conventuelle ; mais la charpente, tellement dégradée par les intempéries, était devenue si pourrie qu'il fallait la démolir entièrement.
Selon l'estimation du maître d'œuvre Jakob Waser, cette reconstruction coûterait de 600 à 700 florins. Il estimait donc plus judicieux de transformer les bâtiments encore debout : aménager dans la salle capitulaire une cuisine, une salle commune et une petite chambre, et convertir le Binderhus en cave, cette transformation ne devant coûter qu'environ 100 florins.
Pour ce qui concerne les religieux du couvent, ils n'étaient alors plus que deux prêtres et un frère convers. Ils se montraient, il est vrai, assez indolents : ils ne tenaient guère à aller dans les campagnes pour assurer la subsistance du couvent, estimant plutôt qu'on devait leur apporter ce dont ils avaient besoin. Depuis longtemps déjà, ils n'avaient plus prêché ici. Le gardien avait toutefois assuré qu'il ferait volontiers tout son possible, mais que les autres frères lui désobéissaient et ne lui prêtaient aucun concours.
Malgré ce portrait peu flatteur, l'évêque accorda son aide, tout en prescrivant qu'ils sollicitassent également des secours en d'autres lieux. L'Amtsschaffner devait verser de temps à autre 20 florins, jusqu'à l'achèvement des travaux.
C'est ainsi que l'on se mit avec ardeur à l'œuvre dans les anciennes ruines afin d'y aménager une demeure plus habitable. Mais les bâtiments étaient à peine remis tant bien que mal en état que le provincial de l'ordre rappela ces laborieux artisans de leur chantier.
page 33 Les locaux se retrouvèrent donc une nouvelle fois vides, et, par ordonnance du 22 septembre 1565, l'évêque prescrivit à son Amtsschaffner[2] de faire fermer l'église, le chœur, la cuisine et la cave, et d'installer dans le couvent un bourgeois de confiance chargé d'en assurer la garde. ¹
Les calices, les ostensoirs et les objets précieux furent déposés dans un coffre scellé au château d'Isenbourg, tandis que les autres ornements liturgiques demeurèrent au couvent.
L'évêque fit distribuer le vin aux personnes auxquelles il devait des redevances en vin, mais il promit qu'en cas de repeuplement du couvent, il en restituerait une quantité équivalente. Les actes de fondation furent, autant que possible, rendus à leurs fondateurs.
Le bourgeois chargé de la surveillance reçut le libre usage d'un logement au couvent et, à chaque Quatre-Temps (Fronfasten), un quart de mesure de blé prélevé dans les greniers de l'évêque. En contrepartie, il devait entretenir l'horloge et sonner les heures.
Le jardin fut confié à l'Amtsschaffner pour qu'il en jouît, tandis que les lits ne furent transportés à l'hôpital Saint-Jacques qu'en 1567, parce qu'ils étaient trop exposés aux dégâts causés par les souris et les rats.
Ainsi, l'ancien couvent Sainte-Catherine se retrouva de nouveau abandonné.
À suivre ? Au lecteur de décider…
Sources:
Zeitschrift der Gesellschaft für Beförderung der geschichts-Altertum- und Volkunde von Freiburg, dem Breisgau und den angrenzenden Landschafften Freiburg in Breisgau / Verlag von Fr.Ernst Fehsenfeld / 1906 / pages 14 à 65
Notes:
[1] Gardien : G(u)ardianus, G(u)ardian, Gardion, Gwardian, Quardian
Supérieur d’un couvent franciscain (dans les autres ordres mendiants, il porte le titre de prieur). Il n’est pas élu par le couvent, mais désigné, non pas à vie, mais à temps, à l’origine par le provincial, plus tard par le chapitre provincial. Comme les autres frères, il est souvent muté d’un couvent à un autre. Il est parfois flanqué d’un vice-gardien. (D.H.I.A. Bernhard METZ)
[2] Amtschaffner : le receveur du bailliage
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Gérard Michel

