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Rouffach sous la Révolution : une ville entre peur, soupçon et engagement

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Détails
Catégorie: Personnages
  • Terreur
  • Révolution

image sur Alsaciae-Chroniques d’Alsace https://alsaciae.org/

Freyheit-Gleichheit
Einheit
Unzertrennlichkeit
der Republik
Brüderlichkeit-oder Tod

Liberté, égalité, unité, indivisibilité de la République

Fraternité ou la Mort

Les documents réunis dans cet article constituent un témoignage particulièrement intéressant sur la vie politique de Rouffach pendant la Révolution française de 1789. Ces lettres et documents, échangés entre citoyens, autorités locales et instances révolutionnaires, donnent à voir les tensions, les arrestations, les dénonciations et les mobilisations patriotiques qui traversèrent la ville. Ils révèlent également le rôle joué par la Société populaire et révolutionnaire de Rouffach, dont l'activité constitue encore aujourd'hui un pan méconnu de l'histoire de la ville.

« Nous sommes vos compatriotes » : lettres de détenus rouffachois au temps de la Révolution …

Ce corpus rassemble plusieurs documents et lettres adressées, au cours de l’an II de la République, par des habitants de Rouffach détenus ou éloignés de leur ville. Écrites dans un contexte de bouleversements politiques et de répression révolutionnaire, ces correspondances témoignent de la détresse de leurs auteurs, séparés de leurs familles, de leurs amis et de leur communauté. Elles constituent à la fois des requêtes pour obtenir leur liberté ou leur retour et des témoignages directs sur les conséquences humaines des mesures révolutionnaires.

Au-delà des formules de soumission et de fidélité à la République, souvent imposées par les circonstances, ces lettres laissent apparaître des individus confrontés à l'incertitude, à la privation de liberté et à la rupture des liens familiaux et sociaux.

Ces documents sont conservés aux archives municipales de Rouffach sous la cote A.M.R. J 37

La Société populaire, cœur de la vie révolutionnaire rouffachoise, un chapitre méconnu de l’histoire de la cité : 

Ils font mention de la Société populaire et révolutionnaire de Rouffach. Cette société constitua, sous la Révolution, l’un des principaux foyers d’expression et d’action politique de la ville. À l’instar des sociétés populaires qui se multiplièrent dans les communes françaises à partir de 1790, elle réunissait des citoyens désireux de défendre les principes nouveaux, de suivre l’application des mesures révolutionnaires et de participer à la surveillance de la vie publique locale.

 Dans le contexte particulièrement tendu de l’an II, la Société intervint dans les affaires de sûreté publique et dans la dénonciation des comportements jugés contraires à l’esprit révolutionnaire, notamment à propos de certains ecclésiastiques. Elle apparaît ainsi comme un véritable intermédiaire entre les citoyens, les institutions municipales et les autorités révolutionnaires, contribuant à faire pénétrer à Rouffach les pratiques politiques nouvelles de l’an II : réunions, délibérations, pétitions, dénonciations, souscriptions patriotiques et contrôle civique.

En Alsace, ces clubs politiques occupaient une place prépondérante dans l'administration quotidienne et la surveillance civique :

  • un rôle de relais idéologique : elles diffusaient les lois révolutionnaires, organisaient des débats politiques passionnés et s'assuraient de l'adhésion de la population à la politique nationale.
  • la gestion du quotidien : leurs compétences s'étendaient bien au-delà de la politique théorique, touchant à la réquisition des subsistances pour l'effort de guerre, au contrôle des prix, et à l'aide matérielle ou financière aux plus pauvres.
  • un gage de patriotisme : faire partie de la Société populaire d'une commune était indispensable pour tout citoyen désireux de prouver son civisme et sa loyauté à la République face aux menaces intérieures et extérieures.

Quand Rouffach doit prouver sa fidélité à la République :

À travers plusieurs lettres de ce corpus, se dessine l’image politique défavorable dont Rouffach semble avoir été l’objet pendant la Révolution : une commune « noircie et calomniée », dénoncée auprès de la Convention, et dont certains habitants sont soupçonnés de sympathies « aristocratiques » ou de liens persistants avec les élites et les structures de l’Ancien Régime. À cette réputation, les Rouffachois opposent une véritable stratégie d’« autodéfense » collective : la commune accumule les signes et les témoignages de son civisme révolutionnaire, tandis que des voix individuelles, comme celle du grenadier Gaillot dans sa lettre à ses concitoyens, contribuent, elles aussi à défendre et à réhabiliter l’honneur patriotique de la cité.

Première lettre :

Note: j'ai respecté l'orthographe originale !

 

Au Cytoiens président de la société Bopulaire de la ville de Rouffach

Dépardement du Haut Rhin

à Rouffach

Liberté, égalité, fraternité, ou la mort.

Consitoyens,

Ardent amour pour la patrie, la haine imordelle pour les Roÿ, le sang prêt à répandre pour la République une, indivisible et démocratique, s’honnore en ce moment de vous faire part de ces sentiments et de ces inquiétudes - c’est un fils qui ouvre son cœur à son père, c’est un défenseure de la liberté qui ne réclame que les droits de l’homme : Oui, citoÿens, en un mot c’est un soldat qui abhorrant les drapeaux d’un traitre, se fit un devoir de marcher [que] contre les satellites des despotes, en ne se réservant que ce que la tactique militaire pouvait lui servir.

 C’est ce même militaire qui animé par l’exemple et par les leçons de son père, a vu fuir les troupes sardes et piémontaises en quatre-vingt douze (vieux stille) qui s’est aidé à marché contre les laches marseillois, Avignon à Cadenet à Salon, à Lambesc, à Saint Remÿ, à Aix et à Marseille même et en quatre vingt treize, c’est ce même fils enfin qui d’un commun acord avec les camarades s’est aidé a faire licencier son colonel et le traitre Grauval qui tesuite pour grossir son crime fut commandant desmuscadins lionnois qui par la vigilance du peuple Grenoblois aidés par le 39ème régiment a vu dejoué le Roÿ et des traitre du dépardenant de lyser (l’Isère) et lain (l’Ain), de la ayant repousé l’armée marseilloise, nos sommes venus camper sous les murs de l’infame Toulon, c’est qui à la redoute des Sablettes prises par langlois et lespagnol, sommes vu pri et que forcé d’abandonner, notre capitaine pour nous défaire de l’ennemi, avons été contrains de nous ouvrir un passage a coup de sabre, seule arme qui nous restoit, c’est moi enfin qui reçut une honorable blessure lorsque nous sommes montés à l’assaud de la Redoute anglois, enfin vainqueur de l’anglois, lespagnol, le piemontois , nous avons portés nos armés victorieuse contre Saorgio (Saorge), ou après avoir vu périr notre Général et …. notre Commandant de Brigade,… nous avons fuir l’ennemi, le piemontais et l’autrichien voila quelle à été notre conduite maintenant nous atendons de porter encore le fer et la flame contre le traitre anglais a qui nous faisons une guerre à mort - cependant, Concitoyens, est ma surprise de voir un père qui après m’avoir encouragé  dans nos peines, qui toujours ma montré une conduite patriotique et régulière - qui en un mot ma défendu l’entrée de la maison jusqu’à ceque l’ennemi fut entièrement vaincu, quelle est ma surprise dige, (dis-je) de le voir maintenant en état darestation, je ne puis concevoir le motif, si ce n’est la jalousie quoiqu’il en soit si contre mon attente, il est coupables, je suis comme Brutus étoit envers son fils est innocent comme je l’espère je demande vengeance contre son denoncÿateur celle est la loÿ

Voila, consitoyens les sentiments d’un jeune Grenadier Républicain de sept années de service dans le 69ème Régiment, à présent dans la 117ème demi-brigade deuxième Badaillon

Salut Fraternité

Gaillot grenadier au 2ème Bataillon de la 117ème demi-brigade en garnison à Nice ce 30 mesidore l’an 2ème de la République française je prie la Société de bien voulloire monorez d’une réponse pour savoir cÿ mon père est délivré

 

Seconde lettre :

Liberté, Fraternité, Égalité ou la mort

Au collège à Colmar
le 18. Thermidor an 2e.
de la République française
une indivisible et Démocratique.

Aux Détenus de la Commune de Rouffach.

Aux Président et Membres de la Société Populaire
de la même Commune.

Le jour d’hier fut encore un coup de foudre pour nous ; l’un des Commissaires nommé par le Représentant Hentz, est venu s’informer par lui-même des Noms des détenus, des causes de leur détention, depuis quand, par qui et de leur domicile. Il a donné des paroles satisfaisantes aux uns, des Conseils Salutaires aux autres, et ce n’est qu’à nous qu’il témoigna un mépris formel. Le seul mot deRouffach lui suffisait pour ne plus nous écouter, et pour nous dire d’un ton ironique : « Bonne recommandation ».

Il est temps, Concitoyen que vous fassiez disparaître l’horrible soupçon d’aristocratie qui écrase tous les individus de notre Commune. Déchirer le Voile lugubre duquel les autorités constituées l’ont couvert. analyser ce qu’elle a fait pour la Patrie depuis la Révolution. faire une adresse aux Pères du Peuple, et demander qu’il soit décrété que notre Commune a bien mérité de la Patrie et vous souvenir nos […] communs avec les individus qui les habitent.

Salut et Fraternité.

… Signatures

Troisième lettre :

Colmar au Collège national 29 Fructidor l’an 2ème de la République U. et I.

Brüder und Freunde

Ich hab mir schon zu vielle proben euerer Menschen liebe gezeigt,
als daß ich zweifflen sollt, daß ihr mich vergessen hättet ; nein,
ich bin versicheret, daß jeder von euch ein Unglück bedauret, weil
euch meine Besinnungen zu wohl bekannt sind;  ich wünschte nur
euch meine Erkanntlichkeit besser an Tag zu legen. Ich bin als
ein Patriot verfolgt, und dis ist mir schon genug, daß ich noch
ferner euer Hilff hoffen darff, weil ihr Menschliebe besitzet:
wenn Geistliche sich wider den Staat verfehlet oder ihrem
Vaterland ungetreu geworden, hab ich kein theil daran; ich
begehre nur als ein gemeiner Bürger meine Freiheit; ich glaube,
daß ihr es bewürcken könnet, wenn ihr auch mit der Volksge-

sellschaft von Bühl, Gebweiller und Sulz vereiniget , und
mich bey dem Volks-Repräsentanten als ein guten patrioten
reclamieret.

Brüder! ich bitte euch um diesen wichtigen Dienst; laßet
euch nicht abschrecken, dan ich bin ja kein Verbrecher und auch

kein Verräter an meinem Vatterlandsein Vaterland.

Schickt mir dis mein begehren, bäldist  schrifftlich durch
ein vertrauten freund, und ich wird euch  höchst verpflichtet sein

Gruß und Bruderliebe

Keller, Mitglied der Gesellschafft.

Traduction:

Frères et amis,

J'ai déjà reçu tant de preuves de votre amour de l'humanité que je ne saurais douter que vous m'ayez oublié ; non, je suis assuré que chacun de vous déplore mon malheur, puisque mes sentiments vous sont trop bien connus ; je souhaiterais seulement pouvoir mieux vous témoigner ma reconnaissance.

Je suis poursuivi en tant que patriote, et cela me suffit pour pouvoir encore espérer votre aide, puisque vous possédez l'amour de l'humanité. Si des ecclésiastiques ont manqué à l'État ou sont devenus infidèles à leur patrie, je n'y ai aucune part ; je ne demande, en tant que simple citoyen, que ma liberté. Je crois que vous pouvez l'obtenir, si vous vous unissez également à la société populaire de Buhl, Gebweiler et Soultz, et que vous me réclamiez auprès du représentant du peuple comme un bon patriote.

Frères ! Je vous prie de m'accorder ce service important ; ne vous laissez pas décourager, car je ne suis assurément ni un criminel ni un traître envers ma patrie.

Faites parvenir rapidement ma présente demande par écrit, par l'intermédiaire d'un ami de confiance, et je vous en serai très obligé.

Salut et fraternité.

Keller, membre de la Société.

Au verso : Aux Citoyens, président et membres composant la société populaire de la commune de de Rouffach

Quatrième lettre :

Colmar, le 29 Fructidor l’an 2 de la
République une et indivisible

Citoyens,

Nous sommes vos compatriotes et vous scavez combien

nous sommes malheureux, privés de notre liberté, séparés
de nos familles, de nos amis et de vous-même, nos maux
seroient à leur comble, si dans un instant où la clémence
nationale se manifeste dans toute la république à l’égard
des détenus vous ne jettiez un regard d’humanité sur notre
situation ; c’est au nom de l’égalité et surtout de la fraternité
que nous implorons un acte de bienfaisance de votre part
et votre appui près le citoyen représentant du peuple ;
une démarche de votre part nous rendroit la liberté,
le bien le plus précieux de la nature et de la révolution ;
nous vous prions de nous rendre ce service que nos
sentiments pour vous n’effaceront jamais de notre mémoire
et nous nous en rendrons dignes autant par notre
conduite que par la reconnaissance éternelle que vous
auront vos frères détenus dans la maison d’arrêt à
Soultz.

C’est dans cette douce espérance que nous
vous saluons tous très fraternellement.

…Signatures

Aux citoyens président et membres de la société populaire de la commune de Rouffach, à Rouffach

 

Document 5 :

Liste des personnes détenues en la Maison d’arrêt de la commune de Rouffach, savoir :


Orschwihr :

Etienne Willemain

Barbe Lichtle

Joseph Hunckler

Joseph Lichtle

Jean Hagenmuller

Barbe N…

Joseph Schmitt fils

Joseph Fleck

Sa femme

son fils

ses deux filles

Ignace Hug

sa fille

Philippe…

Rouffach :

Kugler juge de paix
les trois filles de Michel Ketterer
la fille de Joseph Tschænn, le vieux

Soultzmatt :

Joseph Nithard

Wihr :


Henry Arnold
Catherine Munschy femme de Louis Kempff

Fréland :

         François Stef

         Jean Georges Stef

         Joseph Nié

         Louis Marnier

         Joseph Hergay

         Georges Batteau

         Joseph Batteau

Jean Baptiste Fahué

Jean Christ

Jean George […]bele

 

Certifié la présente liste véritable à Rouffach, le quatorze frimaire l’an second de la République française une et indivisible

Le commissaire civil

signé Dupré

         Cy joint vous trouverés la liste des personnes arrêtées et détenues dans la Maison d’arrêt de cette commune. Si j’ai différé au prescrit de votre lettre, ce que j’en ignorois le nombre et ce n’est que d’après la note qui m’en a été remise ce matin par le Commissaire civil que je me vois à même de satisfaire à votre demande

Le procureur de la commune

[…]

 

Document 6 :

 

 

 

Document 7 :

Rouffach, du 13 frimaire l’an 2 de la République

Au comité de surveillance

Le comité central d’activité révolutionnaire de Colmar vient de nous demander la liste exacte des personnes mises en état d’arrestation dans la maison de détention de cette commune ; elle nous invite de la lui passer dans les vingt quatre heures. Comme ces arrestations nous sont absolument étrangères et que la loi nous délègue tant la surveillance que le pouvoir d’arrêter, nous pensons que nous saurons avoir des renseignements plus justes que vous. Nous vous prions de nous les transmettre dans le plus court délai

La municipalité provisoire de Rouffach

parti à 11 heures du matin

 

Gérard Michel

 

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Article publié le 6 octobre 2026 par Gérard MICHEL.

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L'auteur

Gérard MICHEL

Ancien professeur de Lettres et passionné de paléographie, je partage sur ce blog le fruit de plus de 20 ans de travail autour de documents d'archives.

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