Sous les repeints du transept : l’espoir d’une redécouverte des peintures médiévales de Notre-Dame de Rouffach
La nouvelle tranche de la campagne de restauration qui sera engagée dans le transept de l’église Notre-Dame de Rouffach suscite un intérêt particulier auprès des historiens du patrimoine. Lors de la restauration du décor peint du chœur, des traces d’un décor peint médiéval avaient en effet été découvertes sous les repeints du début du XXᵉ siècle, révélant l’existence d’un programme décoratif ancien dont on ne soupçonnait pas l’importance.
Cette découverte invite aujourd’hui à s’interroger sur les parties encore inexplorées de l’édifice. Le transept conserve-t-il, lui aussi, sous les badigeons et restaurations successives, des vestiges du décor médiéval mentionné au XIXᵉ siècle par le chanoine Alexandre Straub ? Avant les grands travaux des années 1860-1870, celui-ci avait observé dans les absidioles du transept plusieurs scènes peintes qu’il décrivit avec précision. Son témoignage constitue désormais un document précieux pour guider les recherches et nourrir l’espoir d’une redécouverte.
Le témoignage de l’abbé Straub
Dans sa description de l’église avant les restaurations du XIXᵉ siècle, l’abbé Straub écrivait :
« Fort probablement, l’église de Rouffach était peinte tout entière ; elle a même dû être repeinte à diverses reprises en quelques endroits […]. »
Il évoque ensuite plusieurs scènes encore visibles dans les absidioles du transept. Dans celle du croisillon sud subsistaient « les pieds du Sauveur, reconnaissable aux stigmates ». Dans l’absidiole nord apparaissait une représentation du Jugement dernier : le Christ juge assis sur un arc-en-ciel, les damnés précipités dans l’enfer par les démons, tandis que le groupe des élus avait presque disparu.
Straub mentionne également une scène de la Déposition et de la Mise au tombeau, où l’on distinguait encore :
- la Vierge douloureuse,
- saint Jean,
- sainte Madeleine,
- les saintes femmes portant les aromates,
- Nicodème et Joseph d’Arimathie.
L’auteur attribuait l’ensemble « au commencement, peut-être au milieu du quinzième siècle », d’après le style des figures, les costumes et la composition des scènes.
Une redécouverte possible ?
Les restaurations du XIXᵉ siècle ont profondément modifié la perception intérieure de l’église et ont souvent entraîné le recouvrement, voire la disparition, des anciens décors peints. Pourtant, les découvertes effectuées récemment dans le chœur montrent que certains décors anciens ont pu survivre sous les repeints plus récents.
La future campagne de travaux dans le transept pourrait ainsi permettre de vérifier si des fragments des peintures observées par Straub subsistent encore sous les enduits modernes. Même très lacunaires, de tels vestiges présenteraient un intérêt considérable pour l’histoire de Rouffach et pour la connaissance des décors monumentaux de la fin du Moyen Âge en Haute-Alsace.
Au-delà de leur valeur esthétique, ces peintures témoigneraient aussi de la richesse liturgique et spirituelle de l’église médiévale, dont les murs formaient autrefois un vaste ensemble iconographique destiné à l’instruction et à la dévotion des fidèles.
Les travaux de restauration en projet dans le transept de Église Notre-Dame de Rouffach ouvrent donc une perspective particulièrement intéressante pour l’histoire du monument. Grâce au témoignage de l’abbé Straub et aux découvertes déjà réalisées dans le chœur, l’hypothèse de la conservation de fragments peints médiévaux apparaît aujourd’hui plausible.
Qu’ils soient modestes ou spectaculaires, les vestiges éventuellement mis au jour permettraient de mieux comprendre l’aspect originel de l’église et de restituer une part de la richesse visuelle de son décor médiéval. Ils rappelleraient surtout combien les restaurations contemporaines ne sont pas seulement des travaux de conservation, mais aussi de véritables enquêtes archéologiques capables de faire resurgir des pans oubliés du passé.
Le témoignage de l'abbé Straub:
Fort probablement, l’église de Rouffach était peinte tout entière ; elle a même dû être repeinte à diverses reprises en quelques endroits ; cela se voit dans les absidioles, dont l’examen est très difficile, à cause des échafaudages qui les obstruent. Dans celle du croisillon sud, on n’aperçoit encore que les pieds du Sauveur, reconnaissable aux stigmates ; dans celle du côté nord paraît une seconde représentation des dernières assises du Christ. Le Juge est assis sur un arc-en-ciel ; ses pieds posent sur un second arc. Plus bas, et à sa gauche, les damnés sont jetés dans l’épouvante et sont entraînés par les démons dans le gouffre béant de l’enfer. Il ne paraît presque rien du groupe des justes, qui faisait pendant à cette scène d’horreur, ni de la descente de la croix, qui me semble avoir été peinte au-dessous sur une large bande, beaucoup mieux conservée du côté de l’épître, où elle figure la mise dans le tombeau. On y distingue parfaitement la Vierge douloureuse, le sein percé d’un glaive ; saint Jean, le disciple bien-aimé, manifestant une vive douleur ; sainte Madeleine et une autre sainte femme, portant les vases remplis d’arômes, et deux figures de vieillards, sans doute Nicodème et Joseph d’Arimathie. À en juger par le faire de l’artiste, par la disposition du groupe, par la forme des costumes, toutes ces peintures appartiennent au commencement, peut-être au milieu du quinzième siècle.
4 février 1868
l’abbé Alexandre STRAUB (1825—1891)
Chanoine, vicaire général
Archéologue, collectionneur, historien de l’art
Note personnelle:
En réponse à son témoignage, l’abbé Straub a-t-il été traité de lanceur d’alerte d’opérette et déclaré persona non grata aux réunions de chantier, par l’architecte en chef des Monuments historiques de l’époque, Maximilien Mimey ? L’histoire ne le dit pas…
Gérard Michel, lanceur d'alerte d'opérette
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