Une indiscipline endémique que la multiplication des règlements ne parvient pas à corriger !
Aux archives municipales de Rouffach, une série est consacrée aux affaires militaires et … marine ! Il s’agit d’une série importante qui conserve en particulier un nombre important de dossiers sur la guerre de Trente Ans et les exactions commises par les troupes de passage.
La même série conserve les règlements de la garnison, ceux de la garde de la ville et du château d’Isenbourg... En particulier, les ordres d’Eberhart, comte de Manderscheid - Blankenheim, Grand-Bailli, gouverneur de l’Obermundat, au sujet de la négligence qu’apportent dans leur service les gens de Rouffach, bourgeois et habitants, ainsi que ceux des communes environnantes, lorsqu’ils sont appelés à participer à cette garde : il leur est reproché en particulier de quitter leur poste avant d’avoir été relevés ou de passer leur temps à dormir dans les corps de garde ! Pour remédier aux désordres signalés, de sérieuses mesures sont ordonnées par le Grand Bailli Eberhart..
Der Besatzung und Wacht zu Ruffach Ordnung 1592
Soldaten Ordnung zu Rufach Anno 92 A.M.R. A / EE 1
Traduction de l'original en allemand:
Les soldats et sujets qui, sur ordre de l’autorité, conformément à l’usage ancien, sont désignés et tenus de se présenter pour la garde et la défense du château et de la ville en ce lieu, seront tenus et obligés, tous sans exception, de respecter strictement l’ordonnance suivante.
Et d’abord, tout garde, soldat ou sujet à qui la garde de jour ou de nuit est confiée, ne devra point se présenter à une heure inconvenante ni en mauvais état, ni arriver trop tard, mais se montrer équipé, volontaire et obéissant au moment dû et de manière conforme à l’ordre établi.
Ceux auxquels, selon l’ordre, est confiée la garde des portes de la ville ou d'autres lieux pendant le jour, devront, après avoir accompli la garde du jour et lorsque les portes seront fermées à la nuit tombante, assurer immédiatement la garde de nuit. Ainsi veilleront-ils et garderont-ils de jour et de nuit consécutivement, sans interruption, et s’acquitteront-ils de ce service selon les règles.
En particulier, tout soldat et bourgeois désigné pour la garde devra l’assurer correctement, fidèlement et avec diligence , tant de jour aux portes et barrières, que de nuit aux postes de guet et de patrouille. Aucun, sous peine desanction, ne devra quitter son poste sans autorisation, ni laisser passer aucun étranger, en particulier ceux qui arriveraient en nombre, à cheval ou à pied, ou qui paraîtraient suspects, sans l’assentiment exprès du seigneur au château, du Schultheiss ou des officiers. Ils ne devront pas les laisser entrer ni traverser la ville, mais les détourner, ou bien signaler leur venue, afin de recevoir instruction concernant leur admission.
Ceux qui sont affectés à la garde des barrières devront les maintenir fermées et solidement verrouillées et, lorsqu’arrivent des étrangers, s’adresser à eux avec des paroles amicales et mesurées, et selon leur apparence et leurs affaires, se comporter à leur égard conformément aux prescriptions ci-dessus.
De même, les tireurs, bourgeois et soldats affectés à la garde de nuit devront faire grande attention au mot de passe et, s’ils remarquent quelqu’un ou quelque chose de suspect, de jour comme de nuit, chacun devra en informer immédiatement, conformément à son serment et ne rien faire qui puisse être cause de suspicion ou de danger. Ceux qui négligeraient de signaler une telle chose seront tenus pour responsables et sévèrement punis comme coupables.
De plus, nul, durant la garde de nuit ou aux postes de guet, ne devra, sous peine définie et perte d’une semaine de solde, tirer le moindre coup de feu volontairement ou autrement, sauf en cas de nécessité urgente ou avec l'accord et sur ordre de l’autorité.
Afin que tout soit observé avec diligence et que les gardes soient exécutées correctement, chacun devra prendre garde à ne point s’enivrer de vin ni se présenter à la garde, de jour ou de nuit, en état d’ivresse.
De même, nul soldat, gardien ou sujet ne devra, tant qu'il est de garde, se livrer au jeu sous quelque forme que ce soit, ni à quelque beuverie désordonnée durant la garde.
Enfin, nul soldat, gardien ou sujet ne devra, durant sa garde de jour aux portes ou ailleurs, déposer ses armes ni s’en séparer, mais les garder sur lui, prêt et équipé. En toute chose, il agira au mieux, fidèlement, comme il sied à des sujets honnêtes et jurés, soldats et gardiens, sans mettre en danger leur devoir.
Il est toutefois réservé que la présente ordonnance pourra, selon les temps et circonstances, être modifiée, diminuée ou augmentée.
Dans la même série, un document de la même année 1592, rappelle les mêmes obligations et révèle les graves manquements aux règlements, menaçant bourgeois et habitants de prison immédiate, au pain sec et à l'eau, dans les cachots de la tour Sainte Catherine, s'ils y contrevenaient ... On peut imaginer nos vaillants soldats, chargées de défendre notre fière cité, tirées du sommeil, se présentant dépenaillés à l'appel, portant des hallebardes rouillées, des arquebuses hors d'état de fonctionner ou sans poudre et sans mèches, une armure déglinguée et des chausses en lambeaux ... pendant que d'autres, affalés dans le secret d'une échauguette, cuvaient leur cuite ... Une caricature à la Albert Dubout !
A.M.R. EE 1
Traduction de l'original en allemand:
Par ordre de Monseigneur le noble seigneur, comte Eberhard de Manderscheid et Blankenheim, bailli et gouverneur à Rouffach, il est strictement ordonné ce qui suit :
Chaque bourgeois et habitant doit se tenir prêt et équipé de manière réglementaire avec ses armes, son armement défensif (armure), son arquebuse ainsi que des mèches allumées.
Il ne sera en aucun cas toléré par Sa Grâce que les plus anciens des bourgeois se présentent aux portes avec leurs armes dans des fourreaux abimées, ni qu’ils viennent aux portes avec des hallebardes rouillées et des häcker Strümpffen1 ( guêtres ou bandes molletières ?)
Ceux qui ne possèdent pas d’armes doivent s’en équiper et en acheter.
De plus, si Sa Grâce ou les maîtres de garde trouvent à la porte quelqu’un qui n’est pas muni de son armement, ou quelqu’un qui possède une arquebuse sans mèche allumée ni poudre correspondante, le maître de garde devra immédiatement le faire conduire à la prison Sainte-Catherine et l’y faire demeurer jusqu’à nouvel ordre de notre gracieux seigneur.
De même, ceux qui montent la garde aux portes devront toujours se tenir pendant une heure ou une demi-heure, selon ce qui aura été convenu entre eux, près de la barrière (verrou/porte fortifiée). Les gardiens des portes, tout comme les bourgeois, devront aussi, de nuit, lorsqu’ils sont appelés à la garde, assurer leur service de garde avec diligence.
Tel est le strict commandement de Sa Grâce, sous peine de lourde sanction.
Notes:
1. Häcker Strümpffen:
Häcker: Arbeiter zum Hacken im Weinberg. ëssen, sufen wie enHäcker; Hunger haben wie en Häcker Horbg. Der kann essen (auch frëssen) wü e Häcker
Häckerstrumpf:
1. lange, leinene Gamaschen zum Zuknöpfen, bis ans Knie reichend A. Stöber, Der Kochersberg 47. Sie gehörten bis vor 30 Jahren zur Bauerntracht Der Schnee ist bis üwer die Häckerstrümpf hinusgegangen ...
2. herabhängender Strumpf; Mensch mit solchen Strümpfen
Document original en allemand:
Die Soldaten und Underthanen so zu Verwahrung und Besatzung des Schloss und Statt alhie, aus Befelch der Obrigkeit, dem alten Herkhommen nach, ausgelegt werden und erscheinen, sollen sampt und sonders schuldig und verbunden sein, nach volgende Ordnung festiglich zu halten.
Und erstlich, soll ein jeder Schutz, Soldat oder Underthan, dem die Wacht zu Tag oder Nacht befolhen, dazu nit unordentlicher Zeit und Gestalt, noch zu spadt, sondern wie sich gepüert, zu rechter ordentlicher Zeit, bewehrt, willig und gehorsamb erscheinen.
Und bej welchen also der Ordnung nach, die Wacht an Statt Thoren oder sonst bei Tag sein würt, doselben sollen wan sie den Tag gehüetet, und so paldt gegen Nacht die Portten beschlossen seindt, die Nacht Wacht auch gleich folgendt versehen, und also Tag und Nacht an einandern wachen und hüeten , un[…] das also fortan und[…] Inen umbgehen.
Und besonders soll ein jeder Soldat und Burger so zu wachen geordnent, dieselbe seine Wacht ordentlich, trewlich und fleissig versehen, sowoll tags bej den Porten und Grendelen,[1] als auch nachts uf der Schiltt[2]: und Scharwachten[3], und keiner, bej erster Straf, von deme Ort, dahin er bescheiden oder geordnet ist, nit weichen noch weg gehen, auch niemanden frembdes besonder so in einicher Anzal zu Pferdt oder Fuess oder wer argwhönig sein möchte, ohne des Junckhern ufm Schloss, oder Schultheißen und der Beambten, austrueckenlichem Vorwissen und Bevelch nit in: noch durch die Statt passieren lossen, sondern entweder umbweisen, oder den und die jhenige, so herin begeren, gemelter enden voran anzeigen und sich dern Inlassung halben Bescheidt erholen.
Wer dan weiter an die Grendelen zu Schiltwächtern geordnet, der soll dieselben beschlossen oder ingeschlagen zu halten, und wo frembde ankhommen, dieselbigen mit guten freuntlichen Worten und bescheidenlich rechtfertigen und sich nach Gestalt Irer Personen und Sachen obermelter Ordnung gemess, gegen Inen verhalten.
So sollen auch sie, Schützen, Burger und Soldaten, so zu der Nachtwacht verordnet, uf die Losung[4] gute Achtung geben, wa sich jhemanden oder etwas, bej Tag oder Nacht, argwhönig befinden, ein jeder den oder daselb alspaldt bej seinem Aidt anzeigen und melden, und des Orts niemanden und nichts, so Argwohn und Gefahr auf Ime haben möchte, verschweigen, verschaffen, noch verabsaumen, dessen man sich sonst an Ime als dem Schuldigen und Ursacher zuerholen, und Inen darumb ernstlich zu straffen gedenckt.
So soll auch keiner bej besetzter Nachtwacht oder auch uf den Schiltwachten, bej gewisser Straf und Verlierung einer Wochen lang Besoldung auf Vorsatz oder in andere Weg, einichen Schutz nit thuen, es sei dan dass es die hohe Nott erfordere oder dass es mit Wissen, Erlaubung, und aus Befelch der Obrigkeit beschehe, darnach sich ein jeder hinforter zu richten und jhe einer den andern zu warnen hat.
Und damit dem allen, also fleißig nachkommen und die Wachten ordentlicher gehalten werden, so solle auch ein jeder gewarnet sein, und sich sonderlich hüeten, dass er sich mit Wein nit belade, noch übertruncken uf die Wachten khomme, zu Tag oder nacht.
Ebenmäßig, soll kein Soldat, Hüeter und Underthan, alle dieweill er bej Tag oder zu Nacht wachet, zu spielen understehen, sonder sich so lang des Spiels in was Weiß oder Maß das genent werden oder beschehen möchte, wie auch alles unordentlichen Zechens bej und uf den Wachten, allerdings müessigen und enthalten.
Entlich, so soll auch kein Soldat, Hüeter oder Underthan, bej Tag den Tagwachten an Thoren und sonst, so lang die Wacht an Ime und Er dazu verordnet ist, seine Wehren nit hinweg, noch von Ime legen, sondern die an Ime haben und sich damit beraït und gerüst halten, auch in allen Dingen das Best getrewlich thuen, wie erbaren geschwornen Underthanen, Soldaten und Hüetern zuverantworten und woll anstehet, getrewlich und ohne Gefahr, dabei gleichwol vorbehalten, diese Ordnung Jhe nach dem es die Zeit und Sachen erheischen, zu änderen, mindern oder zu mehren.
Notes:
1. Grendel, Grindel:
1) ein Pfahl, ein Baum von Mittler Stärke
2) Pflugbaum: der Pflugbaum oder der Grindel ist derjenige Teil, mittelst welchem der Körper des Pfluges in der Erde fortgezogen wird
3) der Riegel Balken
öfter als der Vorlege- oder Vorschieb Balken vom Riegel geschieden: so schleusz sie (die thür) zu, indem du den grindel dafür schiebest oder nur den riegel
4) in weiterem Sinne für Sperrvorrichtungen verschiedenster Art sera, clausura, claustrum
"... am eingang des schlosz war ein grendel vor der mauren mit vilen scharpfen langen eisen besteckt; im schweiz. vielfach für verschiedenartige wassersperren; im älteren Zürich war der grendel ein pallisadenwerk, das die stadt gegen den eintritt vom see her sicherte ..."
2. Schildwache : sentinelle, factionnaire
3. Scharwacht : garde urbaine / Scharwachter : soldat du guet, guetteur de nuit, garde
4. Losung : im Sinne von Kennzeichen, Wahrzeichen / Zeichen, dass etwas nach einem verabredeten Plane geschehen solle, Signal / Erkennungszeichen der Krieger eines Heeres untereinander, gewöhnlich durch ein Wort
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Gérard Michel
