Ceci n'est pas un trognon de pomme ...
1514 : dans la semaine précédant la saint Laurent éclata une émeute opposant la population de Rouffach et des alentours d’une part, aux Bailli, Schultheiß et conseillers du Magistrat, d’autre part. Le bailli et ses gens durent se réfugier à l’abri des murailles du château et se défendre : la bourgeoisie de Rouffach avait pris les armes et assiégé Isenbourg, en bonne et due forme ! L’affaire aurait éclaté à cause du Schultheiß, prévôt de la ville : celui-ci aurait repéré en ville une jeune et jolie bourgeoise, qu’il avait voulu séduire et soumettre à sa volonté… Mais comme elle se refusait à lui, il se serait vengé en cherchant à causer du tort à l’époux de la belle…
Les vraies raisons de ce soulèvement étaient que le bailli, sans en référer au préalable à l’évêque, seigneur de la ville, avait arbitrairement fait grimper les impôts. Quant aux membres du Conseil, ils avaient agi de même avec les tarifs du vin et d’autres denrées. Tout cela fit grand bruit dans le pays et le mécontentement était général. La ville de Bâle envoya à Rouffach son Burgermeister, Wilhelm Zeygler, et un membre du Conseil, Hans Trutmann, pour tenir le rôle de médiateurs. Ce qui rassura la population, mais beaucoup moins la noblesse. Cette dernière n’attendait rien de bon des Confédérés, repoussa l’aide des bâlois et chercha même à les faire retourner chez eux ! L’évêque de Strasbourg n’osa pas se déplacer pour se rendre dans la ville insurgée et convoqua ses représentants et ses négociateurs à …Marckolsheim ! Après quelques pourparlers, on en arriva à un accord de paix et le jeudi après la saint Sixte on conclut un règlement dans lequel l’évêque se montrait très généreux : il n’y avait pas eu d’effusion de sang et les dégâts matériels étaient restés minimes. Il accorda généreusement son pardon aux insurgés, à condition qu’ils renouvellent leur serment d’obéissance et de fidélité. Il exigea de plus, avec fermeté, que lui soient livrées toutes les armes de la ville pour être enfermées dans les murs du château, sous la bonne garde et la responsabilité du Bailli.
On donna à cette révolte le nom de Butzenkrieg, par dérision pour les insurgés… toute cette agitation n’avait été en fait qu’une folle entreprise débouchant sur un bien piteux résultat!
traduction Gérard Michel
C’est ainsi que Thiébaut Walter raconte cet épisode dans un article paru en 1932 dans Elsass-Land, Lothringer Heimat, Illustrierte Monatschrifft für Heimatkunde und Touristik.
Le souvenir de cet épisode restera longtemps dans le souvenir des bourgeois de Rouffach et refroidit considérablement leurs élans lorsqu’éclata, une dizaine d’années plus tard, la Guerre des Paysans. D’autant plus qu’à ce moment-là, toutes leurs armes étaient toujours sous bonne garde, derrière les murailles et les grilles du château d’Isenbourg.
Cette révolte des hommes de Rouffach et les piètres résultats qui s'ensuivirent laisseront dans les mémoires moins de souvenirs que l'expédition punitive des femmes de Rouffach en 1068 qui mirent en fuite l'empereur en personne et ses gens!
à suivre…
Note: Butzenkrieg pourrait également se traduire par révolte des chassieux ou des morveux, ce qui est tout aussi peu flatteur.
Wikipedia: Le Butzemann (également appelé Butz, Bütze, Butze, Putz, Boz, Buz, Butzenmann, Buschemann, Bugimann, Bullebeiß, Busemand, Buhmann, Boesman, Böölimann, Bölimaann, Böllimaa ou Böögg) est un terme générique désignant des démons et des spectres effrayants, en particulier des êtres de type lutin ou nain. Cette figure est surtout connue dans le sud de l’Allemagne et en Suisse, mais aussi dans le nord de l’Allemagne et en Scandinavie, où elle était très redoutée. À l’époque moderne, elle apparaît principalement comme une figure destinée à effrayer les enfants, comparable au « croque-mitaine » ou à « l’homme noir », même si tel n’était pas son caractère originel.
Étymologie
D’un point de vue linguistique, le terme dérive du moyen haut allemand bôzen, qui signifie « frapper, faire du bruit, cogner »[1]. Une autre origine possible est le terme du haut allemand moderne ancien butze, signifiant « larve, masque, épouvantail, fantôme, spectre effrayant »[2]. Une autre appellation du Butzemann est Mummelmann, c’est-à-dire « l’homme masqué ». Il existe également des formes composées issues de ces deux termes, comme Butzenmummel, Mummelputz, Mombotz (en Hesse) et Mumpitz. Le terme constitue un nom générique englobant toutes sortes de démons et d’autres entités fantomatiques
